Joomla 3.2 Template by Justhost Complaints


Les inégalités de genre

Écrit par : SVT Égalité

 

I- Une meilleure réussite scolaire des filles

Quels que soient le niveau d’enseignement, la discipline et la filière considérés, toutes les statistiques montrent que globalement, les filles réussissent mieux leurs études que les garçons. 

En moyenne, durant leur scolarité, les garçons :  
           – lisent moins vite et moins bien que les filles,  
            redoublent beaucoup plus qu'elles à tous les niveaux du système éducatif,
           – échouent plus dans l’obtention de qualifications,
            obtiennent moins de mentions à tous les examens et diplômes, du second degré comme du supérieur.

Cette disparité commence très tôt, notamment au moment de l’apprentissage de la lecture : 

    Garçons   Filles
 Très faibles capacités ou difficultés sévères    13,8 %   7,7 %    
Lecteurs efficaces   60,5 %   70,4 %

Statistiques 2009 concernant la lecture des jeunes.

Par ailleurs, les garçons réussissent également moins bien les épreuves de compréhension et sont plus nombreux que les filles dans les profils les plus faibles. Ils présentent aussi plus de déficits dans les mécanismes de base de traitement du langage. 

À 14 ans, les filles sont pour plus des deux tiers en 3e contre la moitié des garçons qui, à cet âge, sont environ un tiers à être encore en 4e contre un quart des filles.

    Garçons    Filles 
Classes de SEGPA    70 %   30 %
Dispositif « soutien » collège   63 %   37 %
Dispositifs Relais   78 %   22 % 

 

Un garçon sur cinq se trouve dans la situation de sortir du système éducatif sans CAP, ni BEP, ni baccalauréat, alors que cela ne concerne qu'une fille sur sept.

     Garçons     Filles  
Réussite au brevet des collèges   79 %    82 %
Accès classe d’âge niveau bac   64 %    76 % 
Réussite au bac   57 %   71 %
Obtention d’un diplôme du supérieur (Bac+2 et plus)   37 %   50,2 % 
Obtention d’une licence   21 %   32 %

 

> Sources et liens pour aller plus loin :
Filles et garçons, sur le chemin de l'égalité de l'école à l'enseignement supérieur (statistiques complètes du ministère de l’Éducation nationale), 2009
Égalité filles-garçons : où en est-on ? Christine Fontanini, 2011 

 

II- Une orientation différente entre garçons et filles

Malgré une apparente égalité des chances offerte au sein de l’école aux garçons et aux filles, on observe une orientation très nettement différente :  

        les filles vont majoritairement en filières littéraire et tertiaire, les garçons en filières scientifique et technique,   
        dans l’enseignement général et technologique, les filles délaissent plus facilement les filières scientifiques et techniques,  
        les filles choisissent aussi des options différentes des garçons, 
        l’orientation professionnelle des filles est beaucoup moins diversifiée que celle des garçons. 

Notons que ces différences sont pour beaucoup le fruit de choix différents (et non de compétences différentes) car les orientations sont différentes entre filles et garçons même à niveau égal.

Les différences d’orientation ne reflètent pas une différence innée entre personnes de sexes différents, mais bien le fait que l’école, entre autres facteurs, participe à assigner à des individus de sexes différents des rôles distincts dans la société. L’école trie en quelque sorte les élèves et les pousse, inconsciemment, à se répartir dans des voies d’orientation différentes.

Les garçons vont ainsi être majoritaires dans les voies professionnelles, tandis que les filles opteront davantage pour une voie générale et technologique. Par ailleurs, au sein de la voie générale, les filles seront très largement majoritaires en filière littéraire et en SVT. En revanche, les garçons seront nettement plus nombreux en filière scientifique en général et en option mathématiques et physiques en particulier.

Part des filles dans le bac 2010 en France :

- Bac général : 56,1 %
    Bac L : 78,5 %
    Bac ES : 61,4 %
    Bac S-mathématiques : 35,9%
    Bac S-SVT : 57,4 %
    Bac S-Physique/Chimie : 45 %
- Bac technologique : 51,5 % 
- Bac professionnel : 42,2 % 
- Ensemble : 51,8 % 

> À la fin du collège, quels que soient leur milieu social d’origine ou leur réussite scolaire, les filles s’orientent plus vers l’enseignement général et technologique que vers l’enseignement professionnel (et très rarement dans les sections industrielles).  

> Après le baccalauréat, dans les classes préparatoires aux grandes écoles, 75 % des élèves des filières littéraires sont des filles, pour 30 % des élèves scientifiques. Seulement 26 % des diplômes d’ingénieurs sont délivrés à des femmes. 

> L’orientation professionnelle est également moins diversifiée chez les femmes que chez les hommes : huit filles sur dix se regroupent dans quatre spécialités du service : secrétariat, comptabilité, commerce, sanitaire et social, tandis que les garçons font des choix plus diversifiés. Seule une filière est identifiée comme spécifiquement féminine : les sciences médico-sociales, où l’on ne compte que 5 % de garçons.  

Margareth Maruani, sociologue au CNRS, observe que la fourchette de métiers socialement possibles pour une femme reste toujours plus restreinte, et que la concentration des emplois féminins s’est aggravée depuis les années 1980 : « En 2002, sur les trente-et-une catégories socioprofessionnelles que distingue l’Insee, 60 % des emplois féminins sont regroupés dans six d’entre elles (53 % en 1983) : il s’agit des employées (fonction publique, commerces, etc.), des personnels de services aux particuliers, des institutrices et des professions intermédiaires de la santé (les infirmières par exemple) ». 

> À série de baccalauréat équivalente, filles et garçons ne font pas les mêmes choix de poursuites d’études dans l’enseignement supérieur. 
Par exemple, avec un baccalauréat général (séries L, ES et S), les garçons se dirigent plus que les filles en classes préparatoires aux grandes écoles, spécialement avec un baccalauréat S (31 % garçons et 19 % filles) alors que le taux de réussite des filles au baccalauréat S (91 %) est plus élevé que celui des garçons (87 %) et qu’elles décrochent davantage (31 %) de mentions « bien » et « très bien » qu’eux (26 %). En revanche, avec un baccalauréat S, les filles s’orientent plus vers les études de médecine.

> Enfin il est à noter que ces différences entre filles et garçons ne sont pas une question de compétences mais bien une question de choix d’orientation.  
Les filles s’auto-éliminent de certaines filières à compétences égales : pour le choix de la terminale, quand les filles se jugent très bonnes en français, 3 sur 10 vont en L. Pour les garçons, la proportion est d’un sur 10. 
Le phénomène s’inverse en mathématiques : quand les filles se jugent très bonnes en maths, 6 sur 10 vont en S. Pour les garçons, la proportion est de 8 sur 10.


> Sources et liens pour aller plus loin :

Égalité filles-garçons : où en est-on ? Christine Fontanini, 2011
Des stéréotypes de genre omniprésents dans l’éducation des enfants, Évelyne Daréoux, 2007
* Le sexisme inconscient des enseignants détournent les filles des filières scientifiques, Antisexisme.net, 2011

 

III- Une meilleure réussite professionnelle pour les garçons

Bien que les filles réussissent davantage leurs études, les garçons connaissent une réussite professionnelle nettement meilleure. Cela s’explique : 

            par une orientation différente des filles et des garçons, 
            par les représentations stéréotypées que l’école transmet aux élèves garçons et filles (voir II), dont l’effet est d’accentuer des traits de caractères et des comportements qui participent à créer le « plafond de verre ». Ce plafond est le résultat d’une autocensure et d’une discrimination. 

Au sein du bac général, les filles se détournent des filières scientifiques et techniques. Or la filière scientifique représente des débouchés professionnels prestigieux et bien rémunérés, comme les métiers d’ingénieur ou de médecin. 

> Par ailleurs, les filles vont davantage vers un bac général et technologique que vers un bac professionnel, préféré par les garçons, et qui permet plus de débouchés professionnels qu'un bac général si l’élève rencontre des difficultés.

> Enfin les hautes fonctions et postes à responsabilité au sein de toutes les structures de la société sont globalement plus occupées par des hommes que par des femmes. 
L’exemple des professeurs d’université en France (qui pourrait s’appliquer à de très nombreux autres exemples : chefs d’entreprise, responsables politiques…) : alors que 59 % des diplômés de l’enseignement supérieur sont des femmes, au grade le plus élevé, celui de professeur, on trouve moins de 20 % de femmes. Dans les conseils centraux des universités, on compte à peine plus de 20 % de femmes. Moins de 10 % des universités européennes sont dirigées par des femmes (11 % en France). Les sciences réputées plus féminines, comme la médecine, n’échappent pas au constat : les femmes représentent 65 % des étudiants, mais seulement 17 % des professeurs au sein de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, moins de 8 % des chefs de pôles. 

Ci-dessous, le pourcentage de femmes au sein de chaque catégorie de dirigeants des grandes collectivités. Plus on monte dans la hiérarchie et plus le pourcentage de femmes diminue.

Cette réalité s’explique par deux facteurs : 

> L’autocensure 

Les femmes postulent moins aux postes à haute responsabilité. Cette autocensure s’explique par le fait qu’il leur est difficile de s’identifier au stéréotype qui correspond à ces postes (celui de l’enseignant-chercheur, du « chef » d’entreprise) et qu’on leur présente depuis toutes petites, en particulier parce qu’il suppose d’être un homme. 

De plus, l’accession à ces postes se fait par un long processus de séduction intellectuelle qui nécessite une solide capacité d’auto-promotion, et donc de séduction. Or dans la culture occidentale, c’est aux hommes qu’est attribué le registre de la séduction entreprenante. Le modèle de séduction féminine est celui de la passivité. La femme est censée attendre qu’on lui propose quelque chose. 

Cela explique pourquoi les hommes vont « naturellement » moins s’autocensurer pour l’accession à des postes à haute responsabilité.

> La discrimination 

Les femmes ont un taux de réussite inférieur lors des recrutements à ces postes. Cela s’explique par le fait que le recrutement se fait le plus souvent par un comité lui-même composé de ceux qui sont situés en haut de la hiérarchie (c’est ce qu’on appelle l’évaluation par les pairs), et donc en grande majorité des hommes. Un phénomène de « reproduction » a lieu, qui fait qu’un comité composé d’hommes va recruter préférentiellement des hommes. 

Par ailleurs, divers facteurs discriminants vont également jouer : on valorisera un certain charisme, lequel est associé à un certain nombre de critères comme avoir une voix grave, être de grande taille, montrer une certaine agressivité… c’est-à-dire des propriétés systématiquement associées, de manière stéréotypée, à la masculinité. 

Enfin, les charges familiales discriminent également nettement les femmes. À l’université Paris-Diderot, 69 % des professeurs sont pères contre seulement 57 % des professeures mères : la maternité est une circonstance défavorable pour se voir confier des postes à responsabilité. 

Il existe ainsi ce qu’on appelle un « plafond de verre », expression qui renvoie à un ensemble de facteurs de natures assez différentes, conduisant à exclure les femmes du premier cercle du pouvoir, mêlant stéréotypes et représentations individuelles, avec des processus organisationnels qui s’articulent et se renforcent les uns les autres (ici le fait que le recrutement soit réalisé par les professeurs, en majorité des hommes). 

> Sources et liens pour aller plus loin
– Les carrières des femmes à l'université, « les palmes de verre du cocotier », Frédérique Pigeyre et Annick Valette, 2004
– Où sont les femmes? Pas dans les universités françaises en tout cas, Vincent Berger, 2011

Références générales pour s'informer et se former
– Dossier de veille de l'IFE « L'éducation des filles et des garçons : paradoxes et inégalités », Marie Gaussel, n° 112, octobre 2016.
– L'école du genre, webdocumentaire de Jean-Paul Guirado et Léa Domenach, 2015
Former à l'égalité. Défi pour une mixité véritable, sous la dir. d'Annie Lechenet, Mireille Baurens et Isabelle Collet, Paris : L'Harmattan, 2016.
Faire et défaire le genre, Joëlle Braeuner, Réseau national de lutte contre les discriminations à l'école, 18 et 19 décembre 2014. Elle propose un outil pour les professionnel-le-s de l'éducation : une grille d'auto-observation.
–  colloque Filles, garçons : une même école ? Fédération Wallonie-Bruxelles, 2009 : Filles-garçons, socialisation différenciée ?, Anne Dafflon-Novelle, (4 vidéos de 6 à 10 mn)