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La fécondation : deux gamètes et beaucoup de stéréotypes

Écrit par : Alexandre Magot

Nos enseignements véhiculent parfois un grand nombre de stéréotypes de genre, et participent à les ancrer dans les représentations des élèves. Le chapitre relatif à la description de la fécondation est à ce titre assez représentatif : une vision très stéréotypée, presque caricaturale est souvent transmise, soit directement par la manière dont certain·e·s enseignant·e·s racontent la suite d’évènements conduisant à la fécondation, soit indirectement, par les documents utilisés. Un exemple particulièrement éloquent en est le court extrait relatif à la fécondation du documentaire L’odyssée de la vie, de Nils Tavernier (2005), souvent projeté aux élèves.


Sa narration concentre les stéréotypes associés à cette partie de programme. Ces stéréotypes sont d’autant plus dommageables dans nos enseignements des SVT qu’ils reposent sur une vision pour le moins incomplète de ce que l’on sait aujourd’hui de cet épisode de la reproduction, voire sur des contre-vérités scientifiques.

On peut en effet relever dans cet extrait que :

1- L’histoire de la fécondation ne concernerait que les spermatozoïdes

L’ovule y a un rôle totalement secondaire, voire de figuration. Très souvent, et c’est le cas dans cet extrait vidéo, raconter la fécondation aux élèves revient à n’évoquer que le devenir des spermatozoïdes. Le gamète femelle est en effet totalement absent de cet épisode. La fécondation ne serait ainsi que l’affaire des gamètes mâles… et cette simplification participe à nous mener droit à une autre : finalement, la fécondation ne serait-elle pas que l’affaire des hommes ? Il est en effet courant de voir illustrée l’idée que l’enfant à naître serait issu du spermatozoïde fécondant plus que de l’ovule, et qu’il existerait ainsi un lien privilégié, une sorte de filiation exclusive, entre le père et l’enfant à naître. Dans l’extrait vidéo, ce sont les spermatozoïdes qui sont ainsi « les messagers de la vie » (0’19’’), tandis que l’ovule n’en serait que le réceptacle. On peut trouver cette même idée sous-jacente dans l’illustration de Zep tirée de son Guide du zizi sexuel : les spermatozoïdes sont déjà des petits Titeuf.


source image

C’est encore la même idée qui est véhiculée dans l’explication classique de la reproduction faite aux enfants, évoquant une « petite graine » déposée par le père, dans des organes génitaux féminins ne servant que de terreau à la germination.

Il s’agit là finalement de la vieille représentation du XVIIe siècle, celle du courant animalculiste de la théorie de la préformation, selon laquelle une version miniature du fœtus à naître, l’homonculus, se trouvait à l’intérieur du spermatozoïde. L’ovule servirait quant à lui à le recevoir et à le nourrir. C’est cette vision qui est illustrée en 1694 par Nicolas Hartsoeker, et qui, dans un schéma patriarcal, ne nous a vraisemblablement jamais vraiment quittés.


source image : wikimedia 

Or la vérité est tout à fait différente : non seulement l’ovule a un rôle tout aussi actif et important que le spermatozoïde lors de la fécondation (rôle décrit dans la partie suivante), mais si on veut avoir une logique comptable, alors rappelons que la cellule-œuf issue de la fécondation porte en réalité davantage de gènes maternels que paternels : si le spermatozoïde fécondant apporte son bagage génétique nucléaire, tout comme l’ovule, ce dernier apporte également les ADN mitochondriaux que porteront les cellules de l’enfant à naître. Génétiquement, la cellule-œuf ne porte donc pas 50 % de gènes issus du père et 50 % issus de la mère, mais légèrement plus (gènes nucléaires + gènes mitochondriaux) de gènes maternels. 

2- Les spermatozoïdes seraient acteurs, actifs. L’ovule serait réduit à un rôle totalement passif

Les quelques propos relatifs à l’ovule le décrivent comme totalement passif. Ce sont les spermatozoïdes qui sont les acteurs de ces évènements. On leur prête même une volonté, une conscience, des capacités. Dans l’extrait vidéo, aucun verbe d’action n’est associé à l’ovule, par exemple. Il rejoue là finalement une version de l’éternel scénario raconté aux enfants dans un nombre incalculable d’histoires : l’ovule attendrait patiemment qu’un prince, en l’occurrence un spermatozoïde, vienne le délivrer de sa douce torpeur. Et quand un évènement concerne l’ovule, la description en est faite à la voie passive. La fécondation même ne serait l’œuvre que du spermatozoïde puisque c’est lui qui fusionne avec l’ovule, nous dit-on. Ainsi, il est dit qu’« il suffit qu’un seul spermatozoïde […] atteigne l’ovule, y pénètre et fusionne avec lui pour que naisse un espoir de vie » (1’56’’). En réalité les deux cellules qui fusionnent ensemble.

L’ovule est quant à lui un « astre mystérieux » (1’51’’). Or la description de la fécondation est souvent, comme c’est le cas ici, réalisée de manière anthropomorphique : les représentations stéréotypées des femmes et des hommes servent de grille de lecture. En retour, par métonymie, la description faite des gamètes renforce ces représentations, leur donne une légitimité biologique et les inculque aux élèves de manière insidieuse. Si le spermatozoïde est doté visiblement d’une conscience bien humaine (dans un article de futura-sciences, il est même écrit que « les (spermatozoïdes) doivent […] faire preuve de volonté pour se faufiler »), l’ovule quant à lui est un « astre », c’est-à-dire une chose inanimée… Sans volonté, donc, sans humanité aucune. L’ovule, et à travers lui les femmes, est réduit à un objet, « mystérieux » qui plus est, comme le sont les femmes dans les stéréotypes éculés : compliquées, mystérieuses, insaisissables… Ces propos participent donc à l’objectivation des femmes dans notre société, conduisant entre autres facteurs à créer chez les hommes un sentiment de possession des femmes. C’est d’ailleurs ce qui ressort d’une expression comme le fameux « touche pas à ma sœur », de grands frères trop possessifs, ou que révèlent encore les chiffres d’agressions sexuelles et de harcèlement de rue. C’est ce que l’on retrouve encore dans d’autres types de représentations, comme celle-ci :


source image : In vitro veritas

Bien sûr, la manière dont est fait le récit de la fécondation n’est pas la cause directe des agressions sexuelles, mais les stéréotypes véhiculés participent à créer le cadre global qui, lui, est en cause. Il est par exemple assez terrifiant de voir l’ovule présenté, dans un propos largement anthropomorphisé, comme « la récompense due au vainqueur » (0’31’’). On comprend implicitement que l’ovule, « due », n’a pas son mot à dire… se créent ainsi des représentations particulièrement problématiques alors que l’enseignement des SVT, et cette partie-ci du programme en particulier, est dans le BO explicitement intégrée à une éducation à la sexualité, et qu’on insiste déjà bien trop peu sur l’importance de la notion de consentement.

Pourtant la réalité scientifique est encore une fois bien différente : l’accolement du spermatozoïde et de l’ovule se réalise par association de molécules à leurs récepteurs spécifiques. Cela met donc en jeu des molécules se trouvant à la fois sur la membrane plasmique spermatique et sur la zone pellucide de l’ovule. Si le spermatozoïde se fixe à l’ovule, l’ovule se fixe donc tout autant au spermatozoïde.


source image 

Par ailleurs et peut-être surtout, l’ovule attire les spermatozoïdes par le biais de messagers chimiques (= chimiotactisme). Ce processus n’est d’ailleurs pas du tout étranger aux élèves de 4e, puisqu’il est abordé dans le chapitre « Reproduction sexuée et maintien des espèces dans les milieux » lorsqu’il est demandé aux enseignants de faire « Observer, recenser et organiser des informations montrant l’attraction des cellules reproductrices » (BO). Si l’oursin sert classiquement à illustrer cette notion, le processus a lieu également chez l’être humain. Il a en effet été montré que les spermatozoïdes humains étaient attirés par des molécules issues de l’ovule (plus précisément des cellules folliculaires qui l’entourent) : ces molécules se fixent à des récepteurs situés sur le flagelle et déclenchent une cascade de réactions qui influent sur la manière dont il bat. Cela agit notamment sur la direction prise par les spermatozoïdes. Ce ne sont donc pas les spermatozoïdes – supposément dotés d’un sens de l’orientation inné et bien masculin selon les stéréotypes de genre habituel – qui se précipitent vers l’ovule, mais bien l’ovule qui attire activement à lui les spermatozoïdes.

Le rôle de ce chimiotactisme n’est d’ailleurs pas seulement de guider les spermatozoïdes : il a été démontré que ces molécules participaient également à augmenter très largement l’efficacité des battements du flagelle (phénomène d’hyperactivation), et même à sélectionner les spermatozoïdes pouvant potentiellement réaliser la fécondation puisque seule une fraction des spermatozoïdes déposés dans les voies génitales des femmes sont sensibles aux molécules chimiotactiques et que cette sensibilité est une condition sine qua non à la possibilité de participer à la fécondation. Par ailleurs, ces molécules, une fois fixées sur la membrane du spermatozoïde, participent également à la capacitation, ultime maturation des spermatozoïdes par laquelle ils acquièrent leur pouvoir fécondant (voir cet article pour plus d'informations).

Cela dit, il est à noter que le fait de mentionner toutes ces informations n’empêche pas de perpétuer une lecture stéréotypée, puisque dans un article de futura-sciences expliquant le rôle actif de l’ovule du fait du chimiotactisme qu’il exerce sur le spermatozoïde, l’auteure n’a pu s’empêcher de titrer « Fécondation : quand l’ovocyte charme le spermatozoïde ».

3- Le parcours des spermatozoïdes est raconté comme une compétition féroce, ou une lutte acharnée

Par ailleurs, les termes et expressions utilisés pour décrire le parcours des spermatozoïdes dans les voies génitales de la femme empruntent au champ lexical de la compétition sportive, voire de la guerre, dans tous les cas il s'agit d’un véritable débordement de virilité. On peut entendre ainsi dans le documentaire de Nils Tavernier que la progression des gamètes mâles est une « course au trésor » (0’23’’), un « sprint éperdu » (0’24’’), « un véritable parcours du combattant » (0’55’’), une « course effrénée » (1’14’’). Il est même précisé d’emblée, pour bien insister sur la violence de la situation que « tous vont mourir. Tous, sauf un » (0’15’’). Les spermatozoïdes sont qualifiés de « concurrents encore en lice » (1’35’’) et celui participant à la fécondation de « vainqueur » (0’31’ et 3’01’’). Le ton même du narrateur montre qu'est décrit un évènement particulièrement terrible et violent.

Cette description s’inscrit donc dans un registre généralement associé aux stéréotypes de genre masculins, qui sont ceux de la compétition, de la violence, du combat. La progression des spermatozoïdes est une compétition : chacun d'eux progresse contre les autres, et on transmet régulièrement l'idée (au moins inconsciemment, souvent explicitement) que le gamète mâle qui participe à la fécondation, ce « vainqueur », serait donc le « meilleur ».

La réalité pourrait et devrait pourtant être décrite totalement différemment :

– Pour commencer, le fait même d'évoquer le parcours des spermatozoïdes comme une course, c'est-à-dire laisser penser que le spermatozoïde fécondant serait le plus rapide, est une contre-vérité. Les premiers spermatozoïdes arrivant à proximité de l'ovule y parviennent une demi-heure après leur dépôt dans le vagin (Storey, 1995). Or, Chang et Austin ont montré dès 1951 (voir les articles) qu'après l'éjaculation, les spermatozoïdes étaient incapables de participer à la fécondation : des transformations, lesquelles nécessitent plusieurs heures passées dans les voies génitales féminines, sont nécessaires : c'est le processus de capacitation. Une demi-heure après leur dépôt, ces premiers arrivés n'ont donc aucune chance de féconder le gamète femelle.

– Par ailleurs, l’idée que le spermatozoïde participant à la fécondation serait « le meilleur » (qu’elle soit explicite ou implicite dans la manière de raconter la suite d’évènements) est à nuancer pour le moins quand on prend en considération le nombre d’embryons dont le développement n'aboutit pas. Il s’agit des fausses couches ayant lieu dans les semaines ou les mois qui suivent la fécondation, mais aussi dans les heures ou les jours qui suivent la fécondation – échecs qui ne sont pas connus de la femme enceinte. Or ces échecs du développement embryonnaire sont très souvent le fait d'anomalies génétiques, éventuellement héritées du spermatozoïde, qui rendent l’embryon non viable. Par ailleurs, tous les spermatozoïdes possèdent un patrimoine génétique comportant un grand nombre de mutations qui ne s'exprimeront pas chez l'enfant à naître du fait d'être récessives (c'est pourquoi en augmentant la probabilité d’associer les mêmes mutations récessives, les cas de consanguinité se traduisent par un plus grand risque de malformations). D’aucune façon le fait de participer à la fécondation n’assure donc du fait que ce soit le « meilleur » des gamètes qui ait effectivement participé à cette fécondation, ni ne donne le moindre gage de « qualité ».

 D’autre part, si la vision d’une sélection sur la base de « capacités » particulières (même éventuellement la rapidité) est une vision fausse et largement contredite par les données scientifiques, un processus sélectif des spermatozoïdes a bel et bien lieu, et l’ovule n’y est pas étranger. Il a en effet été mis en évidence que tous les spermatozoïdes n’étaient pas sensibles à la progestérone, molécule chimiotactique sécrétée par le follicule. Seuls 10 % des spermatozoïdes – les spermatozoïdes capacités (ayant subi les ultimes maturations leur donnant leur pouvoir fécondant) – présentant une sensibilité à ces molécules. L’ovocyte, par le biais du chimiotactisme impliqué dans la direction prise par les spermatozoïdes, participe à un recrutement sélectif des spermatozoïdes capacités, ce qui permet d’attirer à lui uniquement les spermatozoïdes en mesure de participer à la fécondation. 

–  L'accent privilégié mis sur la sélection des spermatozoïdes masque enfin une autre sélection, très peu traitée en cours : celle des ovules. Le gamète féminin participant à la fécondation est systématiquement décrit comme émis lors de l’ovulation, sans que l’on sache finalement pourquoi ce gamète précis, et non un autre, est libéré. Or il est important de rappeler que ce n’est pas un gamète unique (au sein d’un follicule) qui participe à chaque cycle, mais une cohorte d’une dizaine de follicules qui reprennent leur croissance et subissent un processus de maturation. De cette cohorte, un seul follicule parviendra à maturité (stade dit follicule de Graaf), celui appelé « follicule dominant ». Et ce follicule dominant participe à inhiber les autres, qui dégénèrent. S’il y a un processus de sélection qui ne fait pas débat, c’est bien celui de l’ovule, et celui-ci n’est quasiment jamais abordé.

Or ce traitement différencié (traiter d’une sélection par compétition , contestable, pour les gamètes mâles, et ne pas l’aborder alors qu’elle a clairement lieu pour les gamètes femelles) n’est pas anodin et s’inscrit dans un traitement différencié et stéréotypé du masculin et du féminin : avec la notion de sélection est transmise au moins implicitement celle de légitimité (du fait d’être le « vainqueur » de cette sélection au niveau de difficulté incroyable) et celle de la compétence (puisque le gamète serait « le meilleur d’entre tous »). Compétences et légitimité sont donc, dans les propos relatifs à la fécondation, associés systématiquement aux spermatozoïdes (et par association, aux hommes) et non aux ovules (et donc aux femmes). Or cette répartition genrée se retrouve à l’échelle de notre société : être sûr de ses compétences et doté d’un fort sentiment de légitimité est un trait de caractère construit très tôt chez les garçons, et peu encouragé comparativement chez beaucoup de filles. On voit cela, entre autres exemples, lors d’un appel à candidatures pour un poste : il a été montré que les hommes postulent à une fonction même s’ils ne possèdent qu’un nombre partie relativement faible compétences demandées, tandis que les femmes ne postuleront qu’à condition d’en posséder l’essentiel.

4- Les voies génitales de la femme sont décrites systématiquement et uniquement comme un milieu hostile

Enfin, les voies génitales de la femme sont systématiquement décrites comme un milieu hostile, entravant la « bonne » progression des spermatozoïdes. Les propos relatifs aux voies génitales dans l’extrait vidéo de L’odyssée de la vie sont assez explicites en ce sens : « obstacle après obstacle » (0’44’’), « le vagin et son acidité meurtrière » (0’46’’), « de puissants courants freinent leur navigation » (1’24’’) « des vagues […] contrarient leur progression » (1’30’’), « long tunnel obscur » (1’49’’). Tous ces qualificatifs relatifs aux voies génitales féminines s’inscrivent largement dans le stéréotype des femmes empêchant le bon épanouissement des hommes, nuisant à leur tranquillité, celui de la femme mégère… À ce titre, la représentation fort peu sympathique de l’ovule dans l’image de Titeuf est assez évocatrice. Par ailleurs, couplés au registre tragique d’une guerre meurtrière et d’une compétition féroce, ces propos créent l’empathie avec les gamètes mâles. Dans une description métonymique où ce qui est associé au masculin et au féminin renvoie respectivement aux hommes et aux femmes, on demande ainsi à l’ensemble des élèves – quel que soit leur sexe – de s’identifier aux spermatozoïdes anthropomorphisés, donc aux hommes. On se situe là dans une représentation androcentriste classique où le masculin est considéré comme universel, prétendument neutre. Ce type de représentation est courant et imprègne largement l’esprit des élèves. Ainsi, lors d’une expérience de sciences sociales, un exercice avait été distribué à des élèves au cours duquel devait être rédigée une réponse à un courrier administratif. Le courrier destiné aux filles commençait par « Monsieur », tandis que celui destiné aux garçons commençait par « Madame ». Si cela n’a posé aucun problème aux filles, nombreux ont été les garçons à faire remarquer que la lettre ne leur était pas adressée et qu’une erreur avait été faite dans la distribution des sujets.

De ce fait, on peut considérer que, de la même façon qu’on utilise le masculin comme neutre et universel (voir article « La langue et le sexisme »), cette vision de la fécondation participe à construire un cours adressé finalement aux garçons. Les filles en sont implicitement exclues, tout comme elles le sont par d’autres moyens : l’absence de figures féminines de l’histoire des sciences auxquelles s’identifier, le peu de représentation féminine dans les manuels, les activités, les cours, etc. (lire à ce propos l’article « Des livres et manuels scolaires au contenu stéréotypé »).

Par ailleurs, cette description est pour le moins erronée quand on sait que la progression des spermatozoïdes est, loin d'être contrariée par les voies génitales, au contraire en grande partie due aux contractions de la paroi utérine et au péristaltisme tubulaire de la trompe utérine. Comme précisé précédemment, les premiers spermatozoïdes arrivent aux environs de l’ovule quelques minutes après leur libération dans le vagin. Le seul battement du flagelle ne peut en aucun cas expliquer une telle vitesse de déplacement.

 

La domination masculine crée un cadre au sein duquel chacun d’entre nous évolue. Ayant toutes et tous été élevé·e·s dans ce cadre, et n’ayant finalement jamais rien connu d’autre, il nous devient invisible. Chacune de nos représentations en est empreinte, de sorte que nous avons toutes et tous, inconsciemment, tendance à caler cette grille de lecture sur nos observations. Le risque, comme nous venons de le voir, est de rechercher et de nous construire une représentation du monde cohérente avec ce schéma de base, quelle que soit la réalité de ce monde.

L’exemple traité ici en est une illustration, tout comme celui concernant la notion de « sexe par défaut » (voir l'article « Déconstruire la notion de sexe par défaut »), qui doit nous interpeler sur le fait qu’il est absolument fondamental, en tant que professeur·e·s, d’être conscient·e·s de ce cadre pour s’en défaire, d’autant plus que nous avons vocation à transmettre un enseignement scientifique le plus objectif possible. À défaut, comme nous venons de le voir, nous prenons le risque de nous éloigner de la rigueur scientifique que nous sommes censé·e·s enseigner en transmettant les faits de manière biaisée, en triant les informations qui n’entreraient pas dans le cadre, voire en incluant à nos apprentissages des contre-vérités manifestes.


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– [fr] Christine Detrez, Il était une fois le corps... la construction biologique du corps dans les encyclopédies pour enfant, Sociétés contemporaines 3/2005 (n° 59-60), p. 161-177.
– [fr] Olympe blogueuse, Idées reçues sur les spermatozoïdes (articles et commentaires), Olympe, traqueuse de stéréotypes, 3 avril 2013.
– [en] Emily Martin The egg and the sperm : how science has constructed a romance based on stereotypical male-female roles, vol. Signs, Vol. 16, N°3 (1991), pp. 485-501, in Chicago Journals