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Quelques adaptations possibles pour les élèves « dys »

 Écrit par : Françoise Chée

 L’appellation « troubles “dys” » est un terme général regroupant une série de troubles cognitifs durables entraînant des difficultés : 
– de lecture (dyslexie), 
– d’orthographe (dysorthographie), 
– de calcul (dyscalculie), 
– de coordination motrice (dyspraxie), 
– d’expression orale (dysphasie) 
– d’attention, avec ou sans hyperactivité (TDA/H)

Ces troubles font partie des troubles spécifiques de l’apprentissage (TSA) et n’entraînent, dans aucun des cas, une déficience intellectuelle.

Depuis 2005 en France, les élèves présentant des troubles « dys » sont considéré·e·s comme étant en situation de handicap, ce qui leur ouvre un certain nombre de droits en classe et lors des épreuves (tiers-temps, ordinateur, auxiliaire de vie scolaire, etc.).
Moyennant une série d’adaptations simples dans la manière de faire cours, de présenter des documents ou d’évaluer, il est possible de réduire fortement l’impact de ces troubles sur la scolarité des élèves, et donc d’aboutir à un enseignement plus égalitaire.
Par ailleurs, il est important de garder à l’esprit que ces adaptations sont à généraliser dans la mesure du possible : d’une part parce que beaucoup d’élèves ne sont pas diagnostiqué·e·s, d’autre part parce qu'elles facilitent l’apprentissage de l’ensemble des élèves.

Françoise Chée, créatrice de la page Facebook « Astuces pour Dys » et elle-même dyslexique dysorthographique, présente pour SVT Égalité quelques adaptations facilement réalisables par les enseignant·e·s.

Ces recommandations, précise-t-elle, sont d’ordre général, parce que les troubles « dys » regroupent des troubles très variés, mais également parce que chaque élève « dys » est un cas particulier. Il n’y a donc pas de meilleure adaptation que celle qui a été pensée pour et avec un·e élève en particulier.

> voir également, sur le même sujet, cette page du site « dyscussions parents-professeurs »

I- Adapter les cours

– Il peut être utile pour beaucoup d’élèves « dys » de leur fournir un cours photocopié, de le leur donner sur une clé usb ou de le leur envoyer par mail. Cela leur permettra d’avoir un cours complet, lisible, sans fautes, et de leur éviter d’être en situation de double tâche (comprendre le cours et l’écrire). Au moment où les autres élèves écrivent le cours, on peut demander aux élèves « dys » de surligner les mots et expressions importants, par exemple. (Voir cette page pour plus d'explications.)

– Avoir recours aux textes à trous peut également être une manière très efficace de faire prendre le cours aux élèves « dys ».

– Faire un plan de la leçon au tableau, avec un code couleur représentant les chapitres ou les sous-chapitres, permet aux élèves de bien situer où on en est dans la progression.

– Les nouveaux mots sont à mettre en avant en jouant sur la couleur ou la taille du texte.

– Il est important de bien définir chaque nouveau mot de vocabulaire, en s’appuyant sur la racine du mot notamment, et en utilisant des synonymes et paraphrases, pour s’assurer que ces termes sont bien compris.

– L'avantage de l’enseignement des SVT (et des sciences en général), c'est qu’il donne l’opportunité de faire de nombreuses expériences. Rien ne vaut la manipulation et le visuel. Penser aux films également (beaucoup de petites expériences filmées sont disponibles sur Youtube, par exemple).

– S’il y a des manipulations à faire, les expliquer et en faire la démonstration en même temps. Les manipulations sont un vrai atout car elles font appel à deux mémoires de travail différentes. Elles sont donc à pratiquer le plus possible.

– Utiliser au maximum le visuel : avec des schémas, dessin, cartes…

– Dans le cas où des documents sont projetés au tableau, mettre un fond gris (plutôt que blanc).

– Les cartes mentales (cartes heuristiques) peuvent aider beaucoup d’élèves « dys », mais elles ne fonctionnent pas pour tout le monde. On peut donc les proposer, mais pas les imposer.

– Inciter les élèves à reformuler la leçon pendant le cours.

– S’il y a des choses à apprendre par cœur, essayer de trouver des moyens mnémotechniques du type :
> Me Voici Tout Mouillé, Juste Sous Un Nuage (Mercure, Vénus, Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune)
> EVTAMP (Eucaryotes, Vertébrés, Tétrapodes, Amniotes, Mammifères, Primates)
> PROf de MAThs (Prophase, Métaphase, Anaphase, Télophase)

II- Adapter les documents écrits

– Limiter le texte à l'essentiel, hiérarchiser les informations de manière claire pour que des informations importantes ne soient pas noyées au milieu d'informations subsidiaires.

– Utiliser un vocabulaire simple : il s’agit de n’être ni simpliste, ni inutilement complexe.

– Utiliser la couleur pour la hiérarchisation des informations. Varier la taille des caractères aide, mais la couleur aide beaucoup de dyslexiques.

– Pour la tenue du cahier, éviter de faire une partie TP ou exercice séparée de la partie cours, pour que les élèves s’y retrouvent plus facilement.

– Aérer le plus possible le document fourni aux élèves.

– Éviter de surcharger une feuille avec trop de documents différents (schéma, cartes, photos, textes…) que les élèves « dys » seront incapables de lire. Beaucoup d’élèves « dys » ont en effet des problèmes de balayage visuel. Si un poly présente plusieurs documents, privilégier par exemple un format A5 (en découpant en 2 un format A4), et n’y mettre qu’1 ou 2 types de document par page.

– Utiliser des polices telles qu’Arial ou Comic sans ms (personnellement étant « dys » je préfère Comic), qui permettent par exemple de différencier le i majuscule du L minuscule. Ou encore télécharger gratuitement la police Opendyslexic dont l'avantage est de présenter un empattement des lettres, notamment des lettres miroir (pdbq), qui présentent des courbes grossies et accentuées.

– Utiliser un corps de texte de 14 points minimum (comme toutes les autres adaptations, ce point est à adapter en fonction de chaque élève).

– Utiliser un interligne double (ou au minimum 1,5).

– Ne pas « justifier » le texte. Cela change la taille des espaces entre les mots d’une ligne à l’autre, et gêne un·e « dys ». Aligner le texte à gauche : c’est alors la longueur des lignes qui varie, et non celle des espaces entre les mots.

– Pour adapter facilement un document aux élèves « dys », Vincent Guili, professeur de SVT dans l’académie de Lyon, a réalisé une macro à ajouter à votre éditeur de texte (Word, OpenOffice ou LibreOffice) qui permet d’automatiser, en un clic, la mise en forme des documents selon les critères suivants : augmentation de 2,5 points de l’espacement standard entre les lettres, insertion de 3 espaces entre chaque mot, interligne double. Une mise à jour récente de la macro permet dorénavant de revenir en arrière en un clic également. La macro est disponible gratuitement, avec tutoriel, sur cette page.

– Pour adapter facilement un document à plusieurs élèves aux besoins différents, on peut également utiliser des outils (individuellement ou à l’échelle d’un établissement) comme Aidodys (logiciel payant).

III- Adapter les évaluations

– Poser des questions simples et surtout non ambiguës.

– Si possible, favoriser l’interrogation à l’oral.

– Quand c’est possible, lire les consignes à l’oral.

– Adapter les documents selon les critères décrits dans la partie « documents écrits ».

– Ne pas mettre l’élève en situation de double tâche : écrire vite et réfléchir par exemple (voir Le cerveau peut-il faire deux choses à la fois ? conférence TedX de Caroline Huron) et donc privilégier l’évaluation par compétence.

– Éviter de faire écrire beaucoup. Et dans ces cas, préférer les textes à trous pour n’y mettre que les mots-clés.

– Admettre des inversions de chiffres (dans les dates, par exemple).

– Accepter les fautes d’orthographe, sauf pour les termes spécifiques à la leçon.

– Éviter le recopiage de schéma.

– Si l’élève utilise un ordinateur en classe, ne pas le lui enlever pour les interrogations.

– Dans le cas où l’élève diagnostiqué·e « dys » a droit à un tiers temps, le lui accorder si c’est possible. S’il n’est pas possible d’aménager un tiers temps :
> enlever des exercices. Attention, pour accorder l’équivalent d’un tiers temps, il faut retirer un quart des exercices (pour ajouter un tiers temps, on divise le temps en trois unités de temps, et on en ajoute une, on obtient donc quatre unités de temps. Si on ne peut le faire, on retire alors un quart des exercices). Si retirer des exercices n’est pas possible :
> au minimum, distribuer la feuille d’exercice à l’élève en premier, et la lui prendre en dernier.
> le prendre en compte dans la note, en accordant par exemple un bonus d’un tiers de la note, c’est-à-dire en multipliant la note de l’élève par un facteur 1,3.