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Produire un contenu pédagogique non discriminant à l'égard des personnes non hétérosexuelles

Publication : 26/01/2018

Écrit par : Audrey Ducloux, professeure de SVT militante pour les droits LGBTI+
avec le concours de Ségolène Roy, Alexandre Magot et Najwa Ouguerram

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Note préalable : dans ce texte, nous utilisons les termes de « blanc·he·s » et « non blanc·he·s ». Ces termes ne font évidemment pas référence à des races biologiques – notion vide de sens comme la science l’a largement démontré – mais à des groupes sociaux. Ils distinguent les personnes qui ne subissent pas le racisme des personnes dites racisées, qui le subissent. Voir la FAQ pour de plus amples explications.

Plan :
I- Repères
1/ Quelles orientations sexuelles
2/ Homophobie et hétérosexisme
a- Qu’est-ce que l’homophobie ?
b- L’homophobie en milieu scolaire
c- L’homophobie en chiffres

II- Réduire les biais hétérocentrés dans les cours de SVT
1/ Éviter l'hétéronormativité
2/ Ne pas réduire l’homosexualité à une histoire de sexe
3/ Ne pas réduire les orientations non hétérosexuelles aux relations entre hommes
a - L'invisibilisation des lesbiennes
b - L'invisibilisation des orientations autres qu'homosexuelles

III - Pour une meilleure prise en compte des élèves non hétérosexuel·le·s à l’école
1 - Se positionner face à l’orientation sexuelle des élèves
2 - Faire une éducation à toutes les formes de sexualité
3- Réagir à l’homophobie en classe

Depuis la loi donnant l'accès au mariage à tous les couples, il est souvent dit que l'homosexualité serait « entrée dans les mœurs ». On réduit l'homophobie à des actes de violence isolés, à des réflexions de personnes âgées, aux classes populaires, aux lois discriminantes d'autres pays ou à des populations non blanches, des cultures et des religions (non occidentales), présentées à l’occasion comme intrinsèquement archaïques, quand la culture occidentale serait, elle, intrinsèquement ouverte et progressiste.

L’homophobie, c’est toujours ce qu'il se passe ailleurs ; les homophobes, ce sont toujours les autres. Une rhétorique qui, quand elle se réfère aux populations non blanches, peut servir des discours racistes sous couvert de dénoncer une homophobie présentée comme « inhérente » à certaines communautés non blanches, ou à certaines religions (en général l’islam).

Mais l’homophobie ne se résume pas à l’expression d’une haine envers les personnes homosexuelles : les insultes, les violences, ne sont que la partie émergée de l’iceberg. C’est l’hétéronormativité, le plus souvent véhiculée de manière inconsciente, qui forme la base de l’homophobie : le fait de considérer l’hétérosexualité comme la norme, et toutes les autres orientations sexuelles comme des « anomalies », des « déviances » qu’il faut tout de même « tolérer ».

Cette hétéronormativité imprègne profondément les représentations de tout le monde, et en conséquence l’enseignement des SVT, notamment dans les chapitres concernant la reproduction et la sexualité. Elle est à l’origine de biais hétérocentrés dans le cours : on tend à se focaliser sur l’hétérosexualité, ce qui a comme conséquence l’exclusion et l’invisibilisation des personnes non hétérosexuelles, et l’absence de prise en compte des problématiques qui les concernent. C’est ce point précis qui va être développé dans la deuxième partie de cet article.

Cet hétérocentrisme s’observe même dans les discours pédagogiques liés à la lutte contre l'homophobie. En effet, les propos des enseignant·e·s s'adressent essentiellement aux élèves hétérosexuel·le·s, dans le but (certes louable) de déconstruire les préjugés homophobes que possèdent les élèves. Les élèves non hétérosexuel·le·s deviennent « les autres », des individus exclus du groupe classe et stigmatisés.

À cause de ces biais, les élèves non hétérosexuel·le·s sont ignoré·e·s, invisibilisé·e·s, exclu·e·s. Pourtant, qu'on en ait conscience ou non, qu'ils et elles en aient conscience ou non, ces élèves sont dans nos classes.

Notre rôle, en tant que membres d'équipes éducatives et plus précisément professeur·e·s de SVT, est triple :

– Réduire les biais hétérocentrés dans notre enseignement afin d’éviter l’exclusion des personnes non hétérosexuelles.
– Participer à l'éducation de l'ensemble des élèves afin de lutter contre l'homophobie en milieu scolaire et dans la société en général.
– Accompagner et soutenir les élèves LGBTI+ (lesbiennes, gays, bisexuel·le·s, trans, intersexes, queer...), que leur non-hétérosexualité soit connue ou non au sein de la classe.


I- Repères 

1 - Quelles orientations sexuelles ?

Ce qu'on qualifie d'orientation sexuelle correspond à l'attirance sexuelle ou affective envers un ou plusieurs genres.

Voici les principales :

L'homosexualité correspond à l'attirance envers les personnes du même genre dans le système binaire. On distingue les gays (hommes homosexuels) et les lesbiennes (femmes homosexuelles).
La bisexualité correspond à l'attirance envers les hommes et les femmes.
La pansexualité correspond à l'attirance envers les personnes quel que soit leur genre (féminin, masculin, non binaire, fluide, agenre, etc.).
L’hétérosexualité correspond à l'attirance envers les personnes de l’autre genre dans le système binaire.
L'asexualité correspond à l'absence d'attirance, sexuelle ou affective (on parle alors de personnes asexuelles ou aromantiques. Notez d’ailleurs qu’une personne asexuelle peut être hétéroromantique, homoromantique, panromantique, etc., ce qui définit cette fois son orientation affective).

Bien sûr, l’orientation sexuelle n’est pas une identité définitive. Elle peut changer au cours de la vie, parfois de manière ponctuelle (par exemple une personne se définissant comme hétérosexuelle peut vivre une seule histoire amoureuse avec une personne du même genre). On peut donc aussi parler de « relation hétérosexuelle » ou de « relation homosexuelle » plutôt que d’« orientation sexuelle ».

Note : L'orientation sexuelle et l'identité de genre sont deux choses différentes. On peut être homo, bi, pan ou encore hétéro que l’on se reconnaisse (on est alors cisgenre) ou non (on est alors transgenre) dans le genre qui nous a été assigné à la naissance. (Pour plus de précisions concernant l’identité de genre, vous pouvez consulter les ressources présentes dans la partie « Transidentité » du site SVT Égalité).

2 - Homophobie et hétéronormativité

a - Qu'est-ce que l'homophobie ?

L’homophobie, comme nous l’avons mentionné dans l’introduction, n’est pas réductible aux violences verbales et physiques. C’est avant tout une oppression systémique, c'est-à-dire que le système, la société (son histoire, ses institutions, ses structures et ses populations) dans laquelle nous vivons, fait preuve d’homophobie. L’organisation politique, économique, sociale et culturelle de notre pays garantit aux personnes hétérosexuelles des privilèges liés à la discrimination des personnes qui ne le sont pas :

- parce que la loi les exclut de certains droits, réservés aux personnes hétérosexuelles : c'est le cas des techniques de procréation médicalement assistée (PMA), dont l'accès est refusé aux couples de femmes ; c’était le cas du mariage avant 2013 (exclusion existant encore dans de nombreux pays) ; c’est parfois l’accès à certains soins gynécologiques pour les lesbiennes, lié à une méconnaissance ou à un déni de leur sexualité.

- parce que les pratiques sociales, en discriminant les personnes non hétérosexuelles, apporte légitimité et confort du seul fait d'être hétérosexuel·le.

Par exemple, l’acceptation par les voisin·e·s, les collègues, sont des problématiques que les personnes hétérosexuelles ne connaissent pas : elles n’ont jamais à faire de « coming-out », c’est-à-dire à « révéler leur sexualité » à chaque fois qu’elles veulent raconter leur week-end, leurs vacances avec leur conjoint·e. Il n’est pourtant jamais dit aux personnes hétérosexuelles qu’elles parlent de leur sexualité lorsqu’elles mentionnent leur vie amoureuse ou familiale. On considérera cependant que ces sujets, chez les personnes non hétérosexuelles, relèvent du privé. C’est ce point très problématique qui se retrouve dans le programme de SVT en 1re S, ES, et L : "On saisira l’occasion d’affirmer que si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée. Cette distinction conduit à porter l’attention sur les phénomènes biologiques concernés." Le programme de SVT, par cette phrase, contribue à l’exclusion des personnes non hétérosexuelles dans une partie qui s’inscrit, c’est précisé par le BO, pleinement dans le cadre de l’éducation à la sexualité.

Dans un environnement non bienveillant, une personne non hétérosexuelle pourra être contrainte de cacher sa vie personnelle ou de mentir à ce sujet, ce qui est une source de souffrance et d’exclusion.

Le fait de ne pas reconnaître et prendre en compte les discriminations, difficultés ou souffrances endurées par les personnes non hétérosexuelles en raison de leur orientation sexuelle est une forme d'homophobie.

Enfin, l'hétéronormativité, ou le fait de considérer l'hétérosexualité comme la norme, la sexualité « par défaut », est une forme d'homophobie, contribuant à exclure, invisibiliser et stigmatiser les personnes non hétérosexuelles.

b - L'homophobie en milieu scolaire

À l'école, l'homophobie prend plusieurs formes :

- L'invisibilisation et la non-reconnaissance des orientations autres qu'hétérosexuelles ;
- L'utilisation d'exemples montrant l'homosexualité sous un jour systématiquement défavorable (en ne la mentionnant qu’au sujet du SIDA, par exemple) ;
- L'utilisation d'injures homophobes pour déprécier quelqu'un (« pédé », « tapette », etc.), que la cible soit ou non homosexuelle et que l’injure soit déguisée sous la forme “d’humour” ou non par son auteur·e ;
- Les moqueries, le harcèlement et l'oppression d'élèves ou de personnels ouvertement non hétérosexuel·le·s.

c - L’homophobie en chiffres

Le rapport 2016 de SOS Homophobie comptabilise 1 575 témoignages reçus, évoquant plus de 700 cas d'insultes et plus de 120 cas de violences physiques commises envers des personnes en raison de leur orientation sexuelle. Les adolescent·e·s sont tout aussi touché·e·s que les adultes. 18 % des actes homophobes commis par une personne connue de la victime concernent des personnes de moins de 18 ans. Pour les adolescents, les principaux contextes sont Internet, le milieu scolaire et l’entourage familial. En 2016, l’association Le Refuge a dû héberger 229 jeunes LGBT qui avaient été rejeté·e·s hors de leur domicile par leur famille, tous milieux et cultures confondues. Et c’est sans compter tou·te·s les jeunes qui taisent leur orientation sexuelle de peur de devoir subir des conséquences dangereuses pour leur sécurité. Enfin, il faut rappeler que la stigmatisation en raison de l’orientation sexuelle a un impact fort sur le comportement et l’estime de soi des personnes non hétérosexuelles, qui encourent un risque 2 à 7 fois plus élevé d’effectuer une tentative de suicide au cours de leur vie que la population hétérosexuelle. d - L’homophobie et la loi Au cas où des propos à caractère homophobe, lesbophobe ou transphobe seraient émis dans la classe, rappeler aux élèves qu'ils sont passibles de poursuites : jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 45 000€ d'amende. Note : C’est différent si l’insulte fait l’objet d’une réappropriation par les personnes concernées. La réappropriation consiste à récupérer une insulte et à la détourner de son sens initial afin de lui faire perdre son côté injurieux. Par exemple, le mot « queer », qui signifie en anglais « bizarre », « différent », est une insulte homophobe que la communauté LGBT s’est réappropriée dans les années 1980.


II- Réduire les biais hétérocentrés dans les cours de SVT

Dans le souci de transmettre un enseignement scientifique qui n’exclut personne, il est essentiel de normaliser toutes les orientations sexuelles, de même que l’asexualité. Et de considérer explicitement comme anormale leur non-représentation (a fortiori en éducation à la sexualité).

Dans cet esprit, les orientations non hétérosexuelles ne devraient pas être limitées à des débats, des ateliers dédiés à la tolérance, des parties consacrées à la sexualité. C'est certes important, mais pour les élèves non hétérosexuel·le·s, ce peut être dévastateur de s’en tenir là : cela « anormalise » ces élèves à qui on renvoie leur « différence » en plein visage. La normalisation des orientations sexuelles passe donc par leur évocation à des moments non spécifiques, où les personnes non hétérosexuelles figurent à titre de personnes, et ne représentent pas leur orientation sexuelle.

Enfin, si lutter contre les discriminations et éduquer nos élèves afin de réduire la domination envers les personnes non hétérosexuelles est une part importante de notre travail, accompagner les élèves non hétérosexuel·le·s est une tâche plus grande encore.

1- Éviter l'hétéronormativité

Partir du principe que tou·te·s les élèves sont hétérosexuel·le·s et n'utiliser que des exemples de couples ou de familles hétérosexuelles contribue à l’exclusion et à l'invisibilisation des autres orientations.

En termes de vocabulaire, dire « couple hétérosexuel » au lieu de simplement « couple » permet de faire comprendre aux élèves qu'il s'agit d'une possibilité spécifique, et non d'une norme excluant les autres. Il en va de même pour parler des familles : si on parle de « famille homoparentale » (dans le cadre d'un cours sur la PMA par exemple, ou d'un arbre généalogique), on prendra soin de l’opposer à « famille hétéroparentale » (et non pas « normale » ou « traditionnelle ») ou « famille monoparentale », pour éviter toute notion de normalité.

Le tableau ci-dessous montre plusieurs exemples de biais hétérosexistes à éviter, en fonction des différentes parties du cours de SVT. Les suggestions proposées permettent cette normalisation des différentes orientations, montrant que l’hétérosexualité n’est qu’une option parmi d’autres.

Biais hétérosexistes à éviter
Partie du cours concernée Suggestions

 

En général


- Utiliser des illustrations ou des exemples de couples non hétérosexuels dans des contextes qui n’ont rien à voir avec l’homosexualité (voir partie suivante) afin de normaliser les orientations non hétérosexuelles. Représenter des femmes, des personnes queers, non blanches ou non valides.

- Ne pas utiliser d’illustrations issues de la Gay Pride, qui correspond à un évènement festif LGBT critiqué pour invisibiliser les non-blanc·he·s, les queers et les femmes, et au cours duquel les participant·e·s peuvent être amené·e·s à se déguiser ou se maquiller, ce qui n’est pas représentatif de leur vie quotidienne, et contribue à alimenter les clichés.

- Éviter d’utiliser des illustrations issues du cinéma ou de la télévision montrant des acteurs·trices hétérosexuel·le·s jouant des personnes LGBT+. Privilégier des photographies de personnes LGBT+ dans des rôles variés (Ian Mc Kellen (Gandalf dans Le Seigneur des Anneaux), Judie Foster (Le Silence des agneaux), Ellen Page (Juno), etc.).

- Dire « couple hétérosexuel » si c’est le contexte spécifique auquel on veut faire référence, et non pas simplement « couple ».

- Par défaut, le terme de famille se réfère à tous les types de familles (« homoparentale », « hétéroparentale » ou « monoparentale »…). Si l’on réfère uniquement à une famille hétéroparentale, le préciser explicitement (et ne pas utiliser les termes « famille traditionnelle » ou « normale »).


Distinction entre reproduction et sexualité (Cycle 4)


- Ce point précis du programme introduit à l’occasion des nouveaux programmes de cycle 4 est l’occasion de parler de plaisir sexuel et de la sexualité non reproductive. On peut donc mettre l’accent sur les différents types de sexualité et de relations affectives et évoquer la diversité des pratiques sexuelles (c’est l’occasion également de renverser les clichés réduisant la sexualité entre hommes à la pénétration anale et la sexualité entre femmes à de « simples caresses »).

- Ne pas utiliser cette partie du programme uniquement pour parler de contraception : cela revient à exclure les relations non hétérosexuelles. Il est utile dans ce cas de mentionner que la contraception concerne les rapports hétérosexuels, plus précisément entre une personne produisant des ovules et une autre produisant des spermatozoïdes.

- Informer sur l’anatomie et le fonctionnement du clitoris – seul organe sexuel ne faisant pas partie de l’appareil reproducteur – et le plaisir qui lui est associé (pour plus de précisions, voir sur le site Internet de SVT Égalité l’article consacré au clitoris et à son traitement dans les cours de SVT).


La puberté

- Parler du développement du « désir sexuel » sans le résumer à l'attirance vers l'autre sexe, ce qui ferait passer les autres orientations sexuelles pour des anomalies de la puberté.


L'assistance médicalisée à la procréation


- Bien que la loi française ne l’autorise pas encore, des couples homosexuels ont pu avoir recours à une PMA à l’étranger. Se garder donc d’utiliser les termes « père » et « mère » pour évoquer les parents d’un·e enfant né·e par PMA : selon le contexte, parler de génitrice et géniteur, mère(s) ou pères, en tenant compte du fait que la PMA peut également concerner des familles monoparentales.

- Éviter les expressions comme “droit à l’enfant” ou “lobby gay”, qui ont une connotation homophobe. Utiliser plutôt « associations de défense des droits des personnes LGBTI+ ».


Sexualité et santé


- Dans le cadre de l’éducation à la sexualité, insister sur l’importance du consentement au sujet de toutes les relations sexuelles et de tous les genres. Les violences sexuelles ne sont pas l’exclusivité des relations hétérosexuelles. Les relations lesbiennes ne sont pas exemptes de violence par nature (pas plus que les femmes).

- Dans le cadre de l’information sur la protection contre les IST, ne pas oublier les relations sexuelles entre femmes, qui ne sont pas exemptes de risques.

- Mentionner les digues dentaires ou digues buccales, qui sont des protections pour les rapports bucco-génitaux (contacts entre la bouche et la vulve ou l’anus), qui concernent potentiellement tous les genres et toutes les orientations sexuelles.

- Ne pas parler de « population à risque » mais de « comportements à risque ». Les hommes homosexuels sont autorisés depuis 2016 à donner leur sang à condition de n'avoir pas eu de relations homosexuelles dans l'année précédant le don (alors que les personnes hétérosexuelles doivent simplement justifier de 4 mois de monogamie – et non de relations sexuelles protégées – et que les femmes ayant eu des rapports avec des femmes ne sont soumises à aucune condition, comme si les relations sexuelles lesbiennes ne représentaient aucun risque d’IST). Pourtant ce n'est pas l'orientation sexuelle en elle-même qui constitue un risque (ou une absence de risque), mais les comportements : le fait de ne pas utiliser de préservatif ou de digue dentaire, de ne pas se faire dépister, etc., ce qui concerne tout le monde.


Reproduction des êtres vivants

(cycle 4)

- Rappeler que des comportements homosexuels ont été observés chez plus de 1 500 espèces différentes à ce jour afin de supprimer l’idée d’une homosexualité « contre-nature ».


Toute partie traitant de génétique ou de contrôle du développement


En cas de question d’élève concernant l’éventuelle origine biologique ou génétique de l’homosexualité :

Il convient de se montrer extrêmement prudent·e en répondant à ce type de question, notamment parce que des réponses ayant pour premier objectif de lutter contre l’homophobie peuvent en réalité l’accentuer. Il peut être intéressant d’ailleurs de rappeler qu’il n’est jamais demandé d’où vient l’hétérosexualité.

Depuis la publication d’une vidéo de Max Bird largement partagée, les théories essentialistes selon lesquelles l’homosexualité serait provoquée par des taux d’hormones in utero sont souvent relayées. Nous tenons à rappeler que ces théories sont largement controversées – pour ne pas dire non prouvées - scientifiquement et s’appuient par ailleurs sur des théories qui sont précisément utilisées pour justifier le sexisme et l’homophobie.

Pour en savoir plus
Les articles d’Odile Fillod sur son site allodoxia :
- Max Bird et la biologie de l'homosexualité
- Le camion et la poupée : jeu de singes, jeu de vilains (partie consacrée à J. Balthazart) 

- Un article axé “zététique” concernant la thèse de Jacques Balthazart, sur Le Carnet de l'Epervier

- Rebecca M. Jordan-Young, Hormones, sexe et cerveau, Paris : Belin, 2016

 

2- Ne pas réduire l'homosexualité à une histoire de sexe

L'homosexualité (et les autres formes de sexualité) ne sont pas uniquement liées au sexe. Il s'agit aussi d'attirance affective, d'amour.

Mais surtout, les personnes non hétérosexuelles sont d’abord des personnes. En les réduisant à leur sexualité, on minimise leur humanité, on en fait des individus dont la sexualité est une marginalité qui forme le point dominant de leur humanité.

De plus, en évoquant l’homosexualité uniquement dans le cadre d’un discours concernant les maladies sexuellement transmissibles, ou lors d’une étude de l’histoire du SIDA, on donne l’impression que l’homosexualité est quelque chose de dangereux, lié à la maladie ou au risque d’une contamination.

Afin de lutter contre ce biais plutôt insidieux, il est tout à fait possible, au lieu de ne parler d'homosexualité que dans la partie sur les IST/SIDA, de prendre des exemples de couples de même sexe dans la partie sur la sexualité, dans les chapitres sur la génétique (vous pouvez consulter sur ce site l’activité proposée sur l’étude de l’arbre généalogique d’une famille homoparentale), ou dans tout document dans lequel un couple serait représenté ou mentionné (et en ne s’en tenant pas à des personnes « blanches »). Le fait de montrer aux élèves des représentations de personnes et de couples non hétérosexuels, d’âge, d’aspect, de genre, de couleur de peau diverses, permet de lutter contre l’homophobie mais aussi et surtout de donner des repères, des modèles positifs aux élèves LGBTI+. Cela les aidera à vivre plus sereinement et plus positivement leur orientation sexuelle.

 

3- Ne pas réduire les orientations non hétérosexuelles aux relations entre hommes

Souvent, la seule orientation autre qu'hétérosexuelle mise en avant est l'homosexualité masculine.

 

a - L'invisibilisation des lesbiennes

Les lesbiennes sont à la fois touchées par le sexisme et par l'homophobie.

Leur sexualité est souvent ignorée voire minimisée en étant réduite à des « préliminaires ». Cette invisibilisation conduit à ne pas traiter en cours et lors des séances d’éducation à la sexualité la question des IST, du consentement et des violences lors des relations entre femmes.

La surreprésentation d’actes lesbiens dans la pornographie réduit les lesbiennes à des objets sexuels, destinées à satisfaire un désir masculin hétérosexuel. L’homophobie qu’elles subissent est spécifique à leur condition de femmes excluant les hommes de leur sexualité : cette lesbophobie se manifeste par une volonté de correction de leur sexualité (désir d’intrusion dans leur intimité sexuelle ou menaces de viol).

Quelques pistes :

- Écrire « homosexuel·le·s » permet d'inclure les lesbiennes dans la dénomination.

- En cas d'utilisation d'illustrations présentant des personnes lesbiennes ou des couples de femmes, éviter l'objectification sexuelle. Éviter également les stéréotypes et les clichés associant lesbianisme et masculinité.

- Ne pas réduire les lesbiennes à des « mamans » : même si certaines sont concernées par les problématiques liées à la PMA, réduire toute leur identité à la reproduction relève du sexisme.

- Considérer la sexualité des lesbiennes avec autant d’importance que les autres, mentionner le plaisir lié au clitoris, ne pas réduire la pénétration ni la sexualité à la présence d’un pénis. - Ne pas présumer d’une « douceur » innée des personnes lesbiennes : considérer que les femmes sont par nature plus douces, plus délicates, plus respectueuses que les hommes relève du sexisme. En agissant ainsi, on ignore la possibilité de violences verbales, psychologiques, physiques ou sexuelles au sein d’un couple de femmes, ce qui rend la tâche de le reconnaître, d’en parler, de se faire protéger ou de porter plainte plus difficile pour les lesbiennes qui en sont victimes (voir Éducation à la sexualité).

 

b - L'invisibilisation des orientations autres qu'homosexuelles

De même que les lesbiennes sont invisibilisées par les gays, l'homosexualité n'est pas la seule « alternative » à l'hétérosexualité.

- Bisexualité, pansexualité

- Il est important de parler des bisexuel·le·s en tant que personnes avec une orientation qui leur est propre, et non « moitié homo-moitié hétéro ».
- Ne pas affirmer qu'il s'agit d'une « phase » ou d'un refoulement (discours porté aussi bien par des personnes hétérosexuelles qu’homosexuelles).
- Respecter l'orientation bisexuelle et pansexuelle sans présupposer une immaturité, une personnalité volage, une incapacité à faire des choix, ou encore un « appétit sexuel féroce ».

- Asexualité, aromantisme

Respecter l'absence de désir sexuel ou amoureux sans affirmer que la personne va grandir, changer d'avis, « trouver la bonne personne ». Ce genre de discours peut être très mal vécu par les personnes asexuelles, qui peuvent être amenées à penser qu’il est normal de se forcer à avoir des relations sexuelles. Ce discours favorise les violences sexuelles.


III - Pour une meilleure prise en compte des élèves non hétérosexuel·le·s à l'école

Cette partie n’est pas réservée à l’enseignement des SVT mais concerne toutes les disciplines et s’adresse à toutes les personnes adultes présentes dans un établissement scolaire.

 

1 - Se positionner face à l’orientation sexuelle des élèves

Il est important de ne pas présumer de l'orientation sexuelle des élèves, et donc partir du principe qu’ils et elles peuvent être bisexuel·le·s, homosexuel·le·s, pansexuel·le·s ou hétérosexuel·le·s.

Dans le cas où la non-hétérosexualité d’aucun·e élève n’est connue :

- ne pas partir du principe que tout le monde dans la classe et en dehors est hétéro (statistiquement, au moins un·e élève dans chaque classe n’est pas hétérosexuel·le).

- ne pas faire de plaisanteries sur la supposée homosexualité d'un·e élève basée sur des rumeurs ou des clichés.

Dans le cas où un·e élève est « out » (son orientation non hétérosexuelle est connue) :

- ne pas la ou le prendre comme exemple quand il est question d’homosexualité.

- ne pas se référer à cette personne comme si elle était la seule dans cette situation. Ce n'est peut-être pas le cas, et cette personne n'a peut-être pas envie de se mettre en avant.

- ne pas hésiter à laisser la parole à un·e élève LGBT+ qui souhaite faire part de son vécu ou de son expérience.

Dans le cas où un·e élève vient se confier à un·e professeur·e au sujet de son orientation sexuelle :

- ne pas lui suggérer qu’il s’agit d’une phase : en cas de « persistance » de ses ressentis, l’élève risque de penser qu’il ou elle n’est pas normale, que sa « phase » aurait dû s’arrêter. Éviter également les discours laissant suggérer qu’il est normal d’avoir temporairement des sentiments ou de l’attraction pour quelqu’un du même sexe. Cela véhicule l’idée que l’on se stabilise dans l’hétérosexualité en grandissant, et que l’hétérosexualité est la seule orientation « adulte ».

- conseiller à l’élève des cellules d’écoute comme par exemple l’association Rimbaud s’il ou elle souhaite se confier de manière anonyme ou si on se sent insuffisamment informé·e ou pas à l’aise. - conseiller à l’élève des ressources (blogs, comptes YouTube, Facebook ou Twitter) adaptées à ses besoins et son contexte personnel (si l’élève est par ailleurs non blanc·he, non valide, etc.). Par exemple le compte Twitter et Facebook du collectif Mwasi (collectif afroféministe).

- ne pas pousser l’élève à faire un « coming out ». D’une part, le rapport (ouvert et explicite) à la sexualité qu’implique un coming out ne convient pas à tout le monde et peut varier selon les élèves et les contextes culturels, religieux, ethnoraciaux, etc., dans lesquels les élèves ont été élevé·e·s. D’autre part, les élèves ne sont pas tou·te·s également exposé·e·s aux violences hétérosexistes (qui peuvent se coupler avec du racisme, du classisme, de l’islamophobie, etc.). Enfin c’est une décision personnelle, qui appartient à l’élève et est liée à son ressenti.

 

2- Faire une éducation à toutes les formes de sexualité 

Toutes les problématiques mentionnées dans cet article peuvent être traitées et intégrées dans des séances d’éducation à la sexualité. Trois séances annuelles par niveau, de la 6e à la Terminale, sont obligatoire, ce qui peut permettre d’aborder de nombreux sujets comme l’orientation sexuelle et amoureuse, l’homophobie, la biphobie, l’identité de genre, les violences entre individus, le harcèlement et le cyberharcèlement, etc.

Des associations agréées peuvent intervenir dans les classes à tous les niveaux pour parler d’orientation sexuelle, une liste d’associations est présente à la fin de l’article. Rappelons que si l’éducation à la sexualité ne repose pas, et ne doit pas reposer uniquement sur le cours de SVT, il est précisé de manière très explicite dans le BO que certaines parties du programme s’intègrent dans le cadre d’une éducation à la sexualité.

D’autres outils sont à disposition, comme l’EMC (enseignement moral et civique) et les heures de vie de classe.

 

3 - Réagir à l’homophobie en classe

Il ne faut évidemment tolérer aucun propos homophobe dans la classe et dans l’enceinte du collège, qu’ils visent spécifiquement un·e élève en raison de son homosexualité réelle ou supposée ou qu’ils soient utilisés en tant qu’insultes en général.

Face à une injure homophobe, il ne faut pas hésiter à interrompre le cours. Tout comme lors de la profération de propos racistes ou validistes (l’usage des mots « handicapé » ou « trisomique » comme insulte), il faut rappeler aux élèves que les insultes discriminantes n’ont pas leur place à l’école, ni dans la société.

Lorsque l’on reprend des élèves sur les propos homophobes tenus, expliquer leur signification. Préciser que certaines insultes (“pédé”, “gouines”) sont péjoratives envers les personnes et leur réputation (“pédé”, dont l’origine est “pédéraste”, étant souvent confondu avec “pédophile”, “gouine”, qui désignait autrefois une prostituée) ; que d’autres (“enculé”, “brouteuse”) sont des insultes qui visent des pratiques sexuelles ; et d’autres (“tapette”, “camionneuse”, “tafiole”) stigmatisent l’identité de genre. Il est bon de rappeler que la plupart de ces insultes tirent leur origine dans le sexisme et la dépréciation du féminin.

 

Ressources

Associations agréées pouvant intervenir en milieu scolaire

Association Rimbaud
Le MAG (Île-de-France) 
Estim (Île-de-France) 
Le Refuge
SOS Homophobie 
Adheos (Poitou-Charentes)
Contact 


Autres ressources

AJL : l’association des journalistes LGBT+ “informer sans discriminer”. 
Association Rimbaud : Un espace d’accueil et d’écoute pour les jeunes de 15 à 25 ans.
Collectif Afroféministe Mwasi (non-mixte femmes et personnes assignées femme, cisgenre et transgenre noires, métisses africaines et afrodescendantes).
Brochure de l'ADHEOS d’information et de prévention à destination des lesbiennes.
Féministes contre le cyberharcèlement   
Le MAG (Mouvement d’Affirmation des Jeunes Gais, Lesbiennes, Bi & Trans) est une association de jeunes LGBT+ âgé·e·s de 15 à 26 ans, qui a des permanences à Paris, Lyon, Strasbourg, Caen et Nancy. Une permanence du groupe de parole racisé en non-mixité est réservée aux personnes LGBT+ concernées par toutes les formes de racisme et d’islamophobie et organisée une fois par mois à Paris.