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Égalithèque

- Thème - - Public -   - Titre -
Racisme

CDI (lycée) Enseignant·es

  Racisme, mode d'emploi de Rokhaya Diallo
 

CDI (3e et lycée) 
Enseignant·es

  Attention travail d'Arabe ou la déconstruction des stéréotypes et préjugés racistes d'Ali Guessoum
Règles

CDI (collège) 

  Les règles… quelle aventure! d'Élise Thiébaut et Mirion Malle
Transphobie

CDI (lycée) Enseignant·es

  Manifeste d'une femme trans de Julia Serano
Laïcité, islamophobie

CDI (lycée) 
Enseignant·es

  Petit manuel pour une laïcité apaisée de Jean Baubérot et le Cercle des Enseignant·e·s laïques
Violences sexuelles

Enseignant·es

  Le livre noir des violences sexuelles de Muriel Salmona
Sexisme

CDI (lycée) Enseignant·es

  L'origine du monde de Liv Strömquist
Grossophobie

CDI (lycée) Enseignant·es

  « Gros » n'est pas un gros mot. Chroniques d'une discrimination ordinaire de Daria Marx et Eva Perez-Bello

 

  
– Racisme, mode d'emploi –

Thème : Racisme
Public : CDI (lycée) ; Enseignant·es
Écrit par : Rokhaya Diallo
Édité par :
 Larousse (2011, 220 pages)
Lien : Racisme, mode d'emploi de Rokhaya Diallo
Date de publication de cette présentation : 23/04/2018 (Ségolène Roy)

Présentation : Derrière son titre provocateur se trouve un ouvrage d’une rare clarté sur les mécanismes du racisme et ses manifestations aujourd’hui en France. Cette clarté tient avant tout à l’approche de la journaliste, réalisatrice et auteure Rokhaya Diallo : elle s’intéresse aux effets concrets du racisme compris comme construction sociale, fruit de l’histoire de rapports de pouvoir entre des populations, en l’occurrence celles de la France et de ses anciennes colonies. Un héritage bien présent, et qu’on a trop souvent tendance à dissoudre dans une « intolérance » ou une « difficulté à accepter la différence », ce qui réduit le racisme à des sentiments personnels sans aucun lien avec ces rapports de pouvoir et dédouane la société française de sa responsabilité dans leur maintien.
Ce livre pédagogique, concret et pertinent va droit à l’essentiel : comment le racisme se manifeste aujourd’hui ; comment la race a survécu à l’invalidation scientifique de la notion de race biologique ; qu’est-ce qu’être blanc·he ; comment le concept de communautarisme est utilisé pour dénier sa légitimité à l’antiracisme ; comment le féminisme est instrumentalisé à des fins racistes…
En illustrant ces questions clefs de multiples exemples, anecdotes et références à une actualité encore parlante, l’auteure donne à voir la réalité du racisme, celle qui touche, au quotidien, les personnes dites « racisées ». Elle révèle aussi les présupposés derrière des concepts comme la « repentance », la « diversité » ou le « racisme anti-blanc », et les coulisses de la négation du rapport de domination raciste.
Le style est vivant, la démonstration implacable, notre responsabilité entière : il s’agit de prendre conscience que le racisme se loge partout – y compris à notre corps défendant –, que ce soit dans nos propos, nos raisonnements, notre comportement ou nos représentations. Il s’agit, par la connaissance des mécanismes du racisme, d’entreprendre la décolonisation de nos esprits.


  
– Les règles… quelle aventure ! –

Thème : Règles
Public : CDI (collège)
Écrit par : Élise Thiébaut et Mirion Malle
Édité par :
 La Ville Brûle (2017, 71 pages)
Lien : Les règles… quelle aventure ! d'Élise Thiébaut et Mirion Malle
Date de publication de cette présentation : 26/04/2018 (Ségolène Roy)

Présentation : Ce guide des règles est une mine d’informations sur les phénomènes biologiques liés à l’utérus et au vagin. Il éclaire également le traitement sexiste dont elles font l’objet dans notre société : tabous, superstitions, idées reçues, non prise en compte de la douleur… Clairement destiné aux jeunes adolescent·e·s (et néanmoins susceptible d’en apprendra aux gens de tout âge), ce manuel décomplexant et positif écrit à la deuxième personne du singulier appelle à la bienveillance, au respect et à l’amour de soi. C’est un véritable outil de réappropriation de son corps, qui propose un autre regard sur les menstruations, et qui, sans aspirer à être une référence scientifique, tient globalement la route de ce point de vue.
Joliment mis en page, Les règles… quelle aventure ! se présente sous forme de chapitres illustrés de dessins humoristiques dénonçant des formes de sexisme « ordinaire », de représentations défiant les tabous et mettant en scène des personnes racisées, visiblement réglées ou encore homosexuelles.
L’ouvrage a adopté l’écriture inclusive (très appréciée malgré quelques oublis) et esquisse une prise en compte des personnes trans et intersexes qui aurait mérité une véritable cohérence. Peut-être à l’occasion d’une réédition, s’il rencontre le succès qu’il mérite ?
Élise Thiébaut est journaliste et auteure de Ceci est mon sang. Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font.
Mirion Malle, l’illustratrice, a publié la BD Commando Culotte. Les dessous du genre et de la pop culture. Elle est aussi l’auteure de l’excellent blog BD du même nom, qui décortique avec humour les mécanismes du sexisme dans la culture populaire.


  
– Manifeste d'une femme trans –

Thème : Transphobie
Public : CDI (lycée) ; Enseignant·es
Écrit par : Julia Serano
Édité par :
 Tahin Party (2014, 137 pages)
Lien : Manifeste d'une femme trans et autres textes de Julia Serano
Titre original du texte complet : Whipping Girl. A Transexual Woman on Sexism and the Scapegoating of Feminity
Date de publication de cette présentation : 07/05/2018 (Ségolène Roy)

Présentation : Ces extraits du texte original de l’universitaire trans états-unienne Julia Serano offrent une opportunité de comprendre ce qui se joue dans la transphobie. C’est d’autant plus nécessaire quand nos seules représentations viennent de clichés forgés par les médias – eux-mêmes réduits aux femmes trans, hyperféminisées, hypersexualisées et chosifiées – de l’« usurpatrice » et de la « pathétique » (la question de la masculinité trans n’est pas abordée ici).
L’auteure traite plus précisément de la transmisogynie, c’est-à-dire la transphobie à l’égard des femmes trans (assignées garçons à la naissance), dans une société sexiste qui disqualifie et dénigre le féminin.
Julia Serano révèle ce qui se joue dans les représentations des femmes trans dans les médias ; en quoi consiste le privilège cisgenre, qui découle du fait de vivre une identité de genre conforme au genre qui nous a été assigné à la naissance, quand cette conformité est validée par l’extérieur ; en quoi le genre, que l’on soit trans ou cis, est toujours une « performance », au sens où nous affirmons tou·te·s chaque jour, au travers de notre démarche, notre langage, notre comportement, nos attitudes, nos vêtements et accessoires, notre rapport au genre.
Les exemples frappants illustrant ce court livre de vulgarisation permettent de prendre conscience des mécanismes qui légitiment la transmisogynie, et de ce que signifie être cisgenre et transgenre dans une société transphobe.
À noter : la traductrice suit l’auteure et emploie ici les termes « transsexuel·les » et « cissexuel·les ». Un glossaire clôt le livre. Il éclaire la variabilité des usages en fonction du point de vue des personnes concernées.
La maison d’édition Tahin Party publie des textes aux approches égalitaires et libertaires, qu’elle diffuse dans les librairies et cercles associatifs à petit prix (celui-ci coûte 5 €). Fait rare, elle encourage la diffusion privée de ce texte.


  
– Petit manuel pour une laïcité apaisée –

Thème : Laïcité, islamophobie
Public : CDI (lycée) ; Enseignant·e·s
Écrit par : Jean Baubérot et le Cercle des Enseignant·e·s laïques
Édité par :
 La Découverte (2016, 231 pages)
Lien : Petit manuel pour une laïcité apaisée. À l'usage des profs, des élèves et de leurs parents
Date de publication de cette présentation : 22/06/2018 (Ségolène Roy)

Présentation : Ce Petit manuel pour une laïcité apaisée. À l’usage des profs, des élèves et de leurs parents, écrit par un universitaire spécialiste des questions de laïcité et un collectif d’enseignant·e·s laïques du département de Seine-Saint-Denis, a été publié en 2016.
Il fait le constat que les causes des difficultés rencontrées au sein de l'école, liées à des inégalités de classe et de race (voir FAQ du site de SVT Égalité pour le sens de ce terme), sont trop fréquemment attribuées aux pratiques religieuses des élèves et de leur famille.
Le livre est découpé en courts chapitres de quelques pages répondant à des questions éclairantes et pertinentes (la préface, l’introduction et la table des matières qui liste les questions sont consultables ici). Ils sont chacun suivis de la présentation de deux ou trois références bibliographiques pour approfondir le sujet.
La première partie, « Analyses », permet de lever bien des confusions engendrées par les contradictions de la loi de 2004. Elle insiste en particulier sur le fait que selon les principes portés par la loi de 1905, l’école doit être un lieu neutre (au travers de son personnel, représentant de l’État) afin de respecter la liberté de conscience des élèves, et leur égal traitement. Pour les auteur·es, la loi de 2004, en étendant la neutralité aux élèves, porte atteinte à ces deux principes de liberté et d’égalité. En se focalisant sur le voile islamique, elle a relégué l’égalité au second plan derrière une laïcité « falsifiée » générant stigmatisation et discriminations envers les familles musulmanes ou perçues comme telles – et en particulier de l’islamophobie de genre.
La seconde partie, « Pratiques », part d’une volonté d’apaisement. Elle prône la recherche de consensus et, face aux élèves, une posture éducative. Évoquant une série de situations possibles (par exemple « Que faire face au refus d’un cours sur la théorie de l’évolution ? (biologie, philosophie) »), les auteur·e·s rappellent le cadre institutionnel, invitent à se poser certaines questions et proposent leurs recommandations. Il s’agit notamment d’accompagner les élèves à distinguer croyance et savoir, de construire – et non d’imposer – le savoir, et pour ce faire d’entendre les éventuels désaccords, doutes ou objections des élèves, afin de pouvoir y répondre. Ce manuel, écrit de manière non sexiste, donne de précieuses clefs pour y voir plus clair et aborder ces questions posément, dans le respect de tou·tes.


  
– Le livre noir des violences sexuelles –

Thème : Violences sexuelles
Public : Enseignant·es
Écrit par : Muriel Salmona
Édité par :
 Dunod (2013, 342 pages)
Lien : Le livre noir des violences sexuelles de Muriel Salmona
Date de publication de cette présentation : 23/07/2018 (Ségolène Roy)

Présentation : Muriel Salmona, psychiatre-psychothérapeute spécialiste des psychotraumatismes, signe avec Le livre noir des violences sexuelles un livre indispensable sur le sujet. Il en ressort que les violences sexuelles, loin d'être anecdotiques ou inévitables, sont généralisées et facilitées par la société actuelle. Qu’il s’agisse de la police, du personnel médical et psy, des médias ou de la société dans son ensemble, nous avons beaucoup à apprendre pour traiter la question avec pertinence et participer à enrayer ce phénomène.
Muriel Salmona donne des éléments clefs pour changer de perspective. Il s’agit d’abord de sortir du déni de l’étendue des violences sexuelles : elles sont un véritable phénomène de société, et non une liste de faits divers. Elles ne sont pas le fait d’une « pulsion » sexuelle mais d’une volonté de dominer, un point souvent évincé au profit d'une explication biologisante des comportements humains. Le livre montre en quoi les rapports de pouvoir (notamment les dominations masculine et adulte), le déni, la culture du viol, l’ignorance et l’impunité contribuent à les faire perdurer.
Autre élément clef : la psychiatre explique comment fonctionnent la sidération, la disjonction, la dissociation et la mémoire traumatique, et leurs effets à long terme en l’absence de traitement adapté. La justice utilise encore trop souvent les signes pour décrédibiliser la parole des victimes, au lieu de les considérer pour ce qu’elles sont : des preuves médicales du traumatisme. Cet éclairage est également extrêmement précieux pour permettre aux victimes de comprendre ce qui s’est joué et se joue dans leur corps, indépendamment de leur volonté.
Enfin, ce livre s’attarde sur les agresseurs et leurs stratégies, rarement recherchées par la justice. Muriel Salmona traite en particulier des anciennes victimes qui ont préféré s’identifier à leur agresseur, savent manipuler et ont une connaissance intime des psychotraumatismes qu’elles utilisent contre leurs victimes.
Grâce à cette approche, ce livre essentiel met de la clarté et de l’espoir là où règnent le déni, la confusion et le fatalisme. Dans un langage accessible (les quelques termes spécialisés sont expliqués), il permet avec beaucoup d’humanité et d’empathie de « remettre le monde à l’endroit », condition sine qua non pour mettre un terme au cycle de reproduction de la violence, protéger et soigner efficacement les victimes.


  
– Attention Travail d'Arabe –

Thème : Racisme
Public : CDI (3e et lycée) ; Enseignant·es
Écrit et illustré par : Ali Guessoum
Édité par :
 Atlande (2018, 79 pages)
Lien : Attention Travail d'Arabe ou la déconstruction des stéréotypes et préjugés racistes
Date de publication de cette présentation : 06/09/2018 (Ségolène Roy)

Présentation : Ce livre est le prolongement d’une exposition réalisée par Ali Guessoum (réalisateur et fondateur de l’association Remembeur, intervenant notamment en milieu scolaire), portant sur les mécanismes présidant aux discriminations racistes en France. En détournant des images et des slogans publicitaires ou politiques, il met au jour diverses manipulations et fait le lien avec humour entre l’imaginaire et les pratiques racistes d’aujourd’hui et l’histoire coloniale.
Attention Travail d’Arabe réunit une quarantaine de doubles pages mettant face à face une affiche et un texte d’une demi-page à une page : l’auteur apporte des éléments historiques, politiques ou sociaux permettant de comprendre d'où viennent les stéréotypes, et démonte les raccourcis, les amalgames, les analyses trompeuses ou les obsessions servant à détourner le regard de politiques inégalitaires au travers de la création de boucs-émissaires.
Il rappelle par exemple la récupération d’un mouvement antiraciste (« SOS Laxisme »), l’apport de la culture arabe (« Mots dits arabes »), les agressions à l’égard de la communauté chinoise (« Chinadown, le very bad trip »), contextualise la création d’un stéréotype (« Attention Travail d’Arabe ») ou d’un fantasme de complot juif (« Confiture Bonne Mytho »), dénonce les contrôles au faciès (« Pile je suis contrôlé, face je suis tutoyé »), l’hostilité à l’égard des Rroms (« Gitans, un rejet sans filtre »), les manipulations menées au nom de l’islam (« Adopte un djihadiste » et « iMam ») ou le maintien d’une mainmise sur les anciennes colonies (« La pompe à fric »).
Si l’approche du racisme n’y est pas spécialement intersectionnelle, la spécificité d’Attention Travail d’Arabe est d’offrir des supports visuels qui parleront aux jeunes et aux moins jeunes. Témoins des dernières décennies, ces visuels et les analyses qui les accompagnent attestent avec force de l’évolution dans la continuité des mécanismes racistes. C’est un outil efficace pour mettre les pieds dans le plat avec humour – une approche aussi précieuse que rare –, qu’on peut combiner avec le livre de Rokhaya Diallo Racisme, mode d’emploi pour comprendre comment ont été construites des représentations encore très présentes, près de 60 ans après la décolonisation.


  
– L'origine du monde –

Thème : Sexisme
Public : CDI (3e et lycée) ; Enseignant·es
Écrit et illustré par : Liv Strömquist, traduction de Kirsi Kinnunen avec la collaboration d'Anne Cavarroc
Édité par :
 Rackham (2016, 144 pages ; non paginé)
Lien : L'origine du monde
Date de publication de cette présentation : 28/09/2018 (Ségolène Roy)

Présentation : On reconnaît entre mille le style des bandes-dessinées de la Suédoise Liv Strömquist, maîtresse dans l’art de la vulgarisation en images : prévalence du noir et blanc, reproduction de gravures, photos et sculptures, typo occupant toute une case, voire une page… Dans L’origine du monde, la violence et l’évolution des pratiques et des discours sur la vulve, le clitoris, les règles, l’orgasme lié au clitoris, illustrent l’histoire de la perception du sexe dit féminin depuis l’avènement des religions patriarcales.
L’auteure montre qu’il n’en a pas toujours été ainsi, que la vulve, les règles n’ont pas toujours été objets de dégoût, de honte, mais qu’elles ont au contraire été vénérées comme des manifestations sacrées d’un lien avec le cosmos et les forces de la vie.
Ces variations au cours de l’histoire de l’humanité nous montrent le caractère relatif des certitudes qui organisent une société à un moment donné. Les discours évoluent et s’adaptent en fonction des connaissances scientifiques mais aussi des priorités sociales : le discours sur la différence entre les sexes a été précédé d’un discours sur leur similitude, l’irrépressible désir sexuel des hommes a succédé à l’irrépressible désir sexuel des femmes, le handicap associé au syndrome prémenstruel est à géométrie variable.
Au travers d’une savoureuse palette de personnages – médecins, philosophes, sexologues, psychanalyses, théologiens, instigateurs de la chasse aux « sorcières » – aux propos aussi absurdes qu’haineux, L’origine du monde nous apprend (point notable : Liv Strömquist cite ses sources, souvent universitaires) notamment jusqu’où allaient la haine de certains hommes influents pour le clitoris et leur obsession de la binarité (notamment au travers des mutilations infligées aux personnes intersexes).
On mesure à quel point la domination masculine a inculqué pendant des siècles la haine, la honte et la peur de leur corps aux personnes qu’on a catégorisées comme « femmes », les dépossédant par là même, entre autres choses, de leur sexualité.
Drôle dans sa narration d'une réalité déprimante, L’origine du monde a l’art réconfortant d’ouvrir la porte à d’autres possibles, libérateurs.


  
– « Gros » n'est pas un gros mot. Chroniques d'une discrimination ordinaire –

Thème : Grossophobie
Public : CDI (lycée) ; Enseignant·es
Écrit par : Daria Marx et Eva Perez-Bello
Édité par :
 Flammarion, coll. « Librio » (2018, 121 pages)
Lien :  « Gros » n'est pas un gros mot. Chroniques d'une discrimination ordinaire
Date de publication de cette présentation : 13/11/2018 (Ségolène Roy)

Présentation : Comment s’exprime la grossophobie (« ensemble des attitudes hostiles et discriminantes à l’égard des personnes en surpoids ») au quotidien dans la société actuelle ? Quels effets produit-elle ? C’est que ce qu’exposent de manière très concrète Daria Marx et Eva Perez-Bello, membres du collectif Gras politique, auteures de ce petit livre efficace aux courts chapitres thématiques.
Elles montrent de quelle manière la grossophobie entrave l’accès des personne grosses au travail, à la contraception, à la PMA, à certains examens médicaux, aux espaces où l’hostilité et les commentaires sont particulièrement présents et pénibles (piscine, restaurants de fast-food…), aux transports en commun, aux vêtements… Elle entraîne des retards de diagnostic (notamment concernent les troubles du comportement alimentaires, les troubles psychiatriques, le cancer, l’endocardite), des suicides (notamment dans le cadre du harcèlement scolaire et sans doute en cas de chirurgies bariatriques – visant à restreindre le volume de nourriture ingérée – considérées comme des échecs).
Au travers d’anecdotes et de témoignages, et chiffres à l’appui, elles invitent à prendre conscience de l’enfer que la grossophobie fait vivre à environ 1 personne sur 6 (12 millions de Français·es sont concerné·es).
Alors que la « responsabilité » de l’obésité incombe dans l’imaginaire collectif aux personnes obèses, auxquelles on prête un manque de volonté, les auteures pointent la pauvreté, facteur souvent oublié, la génétique, et… la grossophobie. Car la pression autour de la nourriture, le dénigrement, l’humiliation, les normes écrasantes de minceur, l’infantilisation, l’hostilité, le harcèlement scolaire, les discriminations sont le terreau de la mauvaise estime de soi, de difficultés financières et sociales, et de troubles du comportement alimentaire. Quant aux régimes restrictifs préconisés, ils sont connus pour dérégler le fonctionnement du corps et entraîner, après la perte de poids, une prise en poids supérieure.
Les auteures insistent sur la nécessité d’une approche globale de l’obésité : prendre en compte le budget dévolu à nourriture, les habitudes alimentaires familiales, les activités sportives possibles, le mal-être et les éventuels traumatismes portés par un membre de la famille, sortir du cercle vicieux de régimes et de prise de poids en évitant les restrictions et la diabolisation d’aliments, en écoutant ses sensations corporelles, pour éviter les troubles du comportement alimentaire. Elles engagent les parents à rechercher un personnel soignant bienveillant.
Ce livre ouvre les yeux sur une discrimination largement sous-estimée par les personnes non concernées, aux conséquences dramatiques en termes de respect des droits humains. Le lectorat est invité à juste titre à identifier sa propre grossophobie, et chacun·e à devenir un·e bon·ne allié·e. Que les auteures soient remerciées ici de nous y aider.

On peut consulter en ligne la table des matières et l'avant-propos. Daria Marx a été interviewée dans l’émission intimiste de Lauren Bastide La Poudre. Vous pouvez également l’entendre dans l’excellent Un podcast à soi de Charlotte Bienaimé consacré à la grossophobie, « Le gras est politique ».