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Évaluer avec les brevets de Célestin Freinet

Catégorie : Non catégorisé
Création : mercredi 21 novembre 2018 Mis à jour : mercredi 21 novembre 2018 Publication : mercredi 21 novembre 2018
Écrit par Super User
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Évaluer avec les brevets de Célestin Freinet

Publication : 21/11/2018

Gauthier Tolini, professeur d'histoire-géographie, ICEM 93

À travers cet article, nous souhaitons présenter une méthode d’évaluation par brevets développée par Célestin Freinet et ses camarades. En effet, les brevets nous semblent être une alternative intéressante aux évaluations par notes ou par compétences.
Dans une première partie, nous reviendrons sur la création et l’expérimentation des brevets par Célestin Freinet en nous appuyant plus particulièrement sur des exemples qui concerneraient aujourd’hui les champs disciplinaires des sciences de la vie et de la Terre (SVT). Dans une deuxième partie, nous présenterons les expériences d’adaptation des brevets que nous menons depuis deux ans en SVT et en histoire-géographie sur le niveau 6e dans un collège de Seine-Saint-Denis.
Avant cela, nous voulons préciser que quelle que soit la méthode d’évaluation choisie (par notes, par compétences, par brevets, par ceintures, etc.), la relation pédagogique avec nos élèves, le droit à l’erreur et le contenu de ce qui est enseigné avec une approche égalitaire et critique nous semblent primordiaux.


I. Les brevets de Célestin Freinet : éléments historiques

Pour créer ses brevets, Freinet s’inspire des brevets des Jeunes Éclaireurs mis en place par Robert Baden-Powell (1857-1941), fondateur du scoutisme. Les jeunes scouts (des garçons uniquement) devaient démontrer devant le groupe leur niveau de maîtrise d’une activité au cours d’une cérémonie (ex : allumer un feu, dresser un campement, etc.). L’épreuve réussie, un brevet était attribué et le jeune pouvait en porter l’insigne (badge) sur sa veste. Freinet adapta cette méthode au contexte scolaire.

1 - Les différents brevets de Freinet : disciplines scientifiques et artisanales

Freinet distingue deux types de brevets : les brevets obligatoires qui correspondent au programme officiel et les brevets accessoires qui sont en dehors des instructions officielles (nous avons conservé telles quelles les formulations originales de Freinet, au masculin) :

Brevets obligatoires : brevet d’écrivain, brevet de lecture, brevet d’écriture, brevet de bon langage, brevet de maître en orthographe, brevet d’historien, brevet de géographie, brevet d’ingénieur de l’eau et des liquides divers, brevet d’ingénieur de l’air et des gaz ; brevet d’ingénieur des végétaux et des cultures ; brevet d’ingénieur des minéraux divers ; brevet d’ingénieur du fer ; brevet de calculateur.

Brevets accessoires : imprimeur ; enquêteur ; peintre ; marionnettiste ; nageur ; campeur ; potier ; cuisinier : électricien ; bon camarade ; bon correspondant, etc.

Comme nous pouvons le remarquer, les brevets de Freinet correspondent à de véritables métiers issus des disciplines scientifiques du monde universitaire et du monde artisanal. Pour Freinet, les brevets jouaient un rôle fondamental dans l’orientation des élèves et donnaient des idées d’avenir aux élèves.

2 - Le contenu des brevets

Freinet distinguait trois types de brevets suivant leurs contenus :

1) Les brevets-tests : il s’agit ici de vérifier la maîtrise de notions exactes et mesurables. L’élève s’entraîne et demande à passer le test à n’importe quel moment de l’année.
2) Les brevets composés d’un ensemble de tâches définies à mener à bien : réaliser un résumé, une expérience, une conférence, etc.
3) Les chefs-d’œuvre : il s’agit d’une production réalisée par l’élève selon des normes qui ne sont pas précisées (ex. : réalisation de plats culinaires, construction d’une montgolfière, rédaction d’un conte, réalisation d’une carte de géographie, etc.).

À titre d’exemple, nous présentons ici les brevets obligatoires et accessoires de Freinet en lien avec les sciences de la vie et de la Terre :

Brevet d’Ingénieur des végétaux

Première série / critères d’obtention :
– Réaliser un Chef-d’œuvre
– Rédiger un compte rendu : Mémoire avec textes de grands écrivains sur la vie des plantes.
– Présenter les épreuves : Collectionner dix racines différentes, cinq tiges, vingt qualités de feuilles ; Préparer un herbier de vingt plantes collectionnées.

Deuxième série / critères d’obtention :
– Réaliser un Chef-d’œuvre
– Rédiger un compte rendu : Étude documentée sur les plantes caractéristiques de votre région.
– Présenter les épreuves : Préparer un herbier de trente plantes collectionnées ; Étude scientifique de quinze arbres de la région.

Brevet d’Ingénieur des minéraux

Première série / critères d’obtention :
– Réaliser un Chef-d’œuvre
– Rédiger un compte rendu : Mémoire sur les diverses sortes de roches qu’on trouve dans votre région.
– Présenter les épreuves : Collectionner cinq roches différentes de la région ; Fabriquer un mortier ; Faire fondre un métal et le couler.

Deuxième série / critères d’obtention :
– Réaliser un Chef-d’œuvre
– Rédiger un compte rendu : Mémoire sur le traitement des minéraux (chaux, plâtre, fer, etc.)
– Présenter les épreuves : Collectionner dix sortes de roches et huit métaux, avec leurs propriétés et leur densité ; Savoir fabriquer trois objets usuels en limant, pliant, perforant et soudant des métaux usuels (plomb, fer, acier, aluminium)

Brevet de cueilleur de plantes médicinales

Série unique / Critères d’obtention :
– Réaliser un Chef-d’œuvre
– Rédiger un compte rendu : Mémoire sur la guérison des maladies par les plantes.
– Présenter les épreuves : Fabriquer un herbier avec trente plantes médicinales cataloguées ; Ramasser et sécher au moins un kilo de plantes médicinales.

3 - Organisation, validation et mise en valeur du travail des élèves

Dans la classe de Freinet, la dernière semaine du mois était consacrée au brevet. Les élèves établissaient librement la liste des brevets obligatoires et facultatifs qu’ils désiraient présentés. Puis les élèves préparaient librement leurs brevets, le maître intervenait pour la préparation des brevets obligatoires et pour donner des conseils techniques pour les chefs-d’œuvre. Dès qu’un travail était fini, il était présenté à la classe (texte imprimé, dessin, conférence, document audio, etc.) et donnait lieu à une appréciation individuelle et collective qui validait l’obtention du brevet et qui donnait lieu à la remise d’un petit diplôme. Le samedi qui clôturait la semaine de travail avait lieu l’exposition mensuelle des travaux réalisés qui était ouverte aux parents. Enfin, une exposition annuelle des plus beaux chefs-d’œuvre était ouverte aux parents et aux inspecteurs en fin d’année.

4 - Les brevets et le pouvoir d’agir

À l’instar des scouts, les brevets de Freinet donnaient aux élèves une plus grande capacité d’agir. Ainsi, l’élève qui détenait le brevet de « cueilleur de plantes médicinales » pouvait concocter les tisanes pour les autres élèves de la classe lors des moments de détente ; de même, les élèves qui avaient le brevet d’éleveur pouvaient aller librement s’occuper des animaux de l’école.

Pour en savoir plus sur cette partie historique :

– « Brevets et chefs-d’œuvre », Brochures de l’Éducation Nouvelle Populaire, n° 42, 1949. 
– « Brevets et chefs-d’œuvre », Les Dossiers Pédagogiques de l’Éducateur, n°14, 1965. 


II. Essai d’adaptation des brevets au collège en classe de 6e

1 - Nos motivations : transmettre « la saveur des savoirs »

Depuis plusieurs années, le patronat, à travers la politique éducative menée par des gouvernements de droite et de gauche, tente d’imposer la seule évaluation par compétences au détriment des diplômes. Ces compétences sont choisies en fonction des besoins de l’économie. Dans ce système, les compétences sont au service de la déqualification des travailleurs et travailleuses et d’une plus grande précarité nommée l’« employabilité » : la main-d’œuvre pouvant être déplacée sans formation d’un secteur à un autre grâce aux compétences transversales (1). Les brevets de Freinet mettent en avant des savoirs et des savoir-faire scientifiques et techniques qualifiés qui sont en lien avec des champs universitaires et des domaines artisanaux, c’est-à-dire tout ce que le patronat tente de détruire au nom de l’exploitation.

Nous pensons que l’évaluation par brevet fait sens pour nous qui sommes des enseignant·es attaché·es aux sciences et à l’histoire des sciences que nous enseignons. Les brevets font également sens pour nos élèves qui deviennent – à leur niveau – des apprenti·es biologistes, géologues, paléoanthropologues, etc., et non pas de simples exécutant·es disposant de compétences transférables. Notre espoir étant de leur transmettre la « saveur des savoirs » (J.-P. Astolfi) et des envies de sciences.

2 - Les brevets disciplinaires en SVT et HG en classe de 6e

Il s’agit de faire correspondre des parties du programme officiel à des champs universitaires précis.

En voici quelques exemples en SVT :
– brevet de biologie animale,
– brevet de biologie végétale,
– brevet d’écologie,
– brevet de géologie,
– brevet de nutrition,
etc.

En histoire, le programme de 6e se prête facilement à un découpage précis :
– brevet de paléoanthropologie,
– brevet de préhistoire,
– brevet d’assyriologie,
etc.

Certains brevets peuvent être plus liés à des savoir-faire : brevet de dessin scientifique, brevet de conférence, brevet de cartographie, etc.

Notons enfin que certains brevets peuvent facilement devenir des brevets interdisciplinaires comme le brevet de paléoanthropologie, ou un brevet d’urbanisme mêlant à la fois la géographie et des études sur les matériaux par exemple.

3 - Les modalités d’obtention et les remédiations

À l’instar des dispositifs pédagogiques développés par Freinet, les modalités d’option peuvent être variées :
– brevet-tests : de manière classique, tou·tes les élèves passent le brevet en même temps à la fin d’un chapitre. Ces brevets peuvent mêler des questions de connaissances, des études de textes, des observations à réaliser, etc. ;
– brevet de recherche individuel ou en groupe : exposés de recherches menées au CDI ou autre (ex. : réalisation d’une affiche sur les cités-jardins de la ville pour le brevet d’urbanisme au cours d’un projet interdisciplinaire SVT/géographie) ;
– Chefs-d’œuvre (ex : fabrication d’une maquette de reconstitution d’un site préhistorique pour le brevet de paléoanthropologie au cours d’un projet interdisciplinaire SVT/histoire).

Si le travail est jugé satisfaisant par l’enseignant·e et/ou par les autres élèves dans le cadre de restitutions devant la classe, les élèves obtiennent un brevet qui se matérialise par un petit diplôme avec le nom du brevet et l’année scolaire. Si les élèves n’obtiennent pas le brevet car le travail n’est pas fini ou qu’il comporte de trop nombreuses erreurs, les élèves disposent d’un temps de remédiation. Environ toutes les trois semaines, une heure entière est dédiée à la remédiation : les élèves peuvent finir un travail, repasser un brevet, s’entraîner, obtenir de l’aide, corriger des erreurs, reformuler leurs réponses quand l’expression écrite n’était pas claire, etc. Ainsi, les élèves peuvent retravailler leur brevet tout au long de l’année. Les élèves qui ont obtenu leurs brevets ont le droit d’aider leurs camarades et de valider à leur tour l’obtention du brevet.

Dans les bulletins, nous indiquons le nom des brevets que les élèves ont pu obtenir ainsi qu’une appréciation concernant le travail fourni.

4 - Les brevets dans une perspective égalitaire

Les brevets de Freinet correspondent à des disciplines scientifiques et/ou des savoirs artisanaux. Pour Freinet, il suffisait de regarder les brevets obtenus par les élèves pour effectuer de meilleures propositions d’orientation vers des études manuelles ou vers des études intellectuelles plus abstraites (2). Freinet ne prenait pas en compte les déterminismes liés aux stéréotypes de genre, de race et de classe qui sont en jeu dans la réussite scolaire et dans l’orientation. Aujourd’hui, la plupart des manuels continuent de véhiculer ces stéréotypes. Les pages du manuel d’histoire Nathan (collège, édition 2016) qui correspondent à notre brevet de paléoanthropologie en sont un parfait exemple : seuls des hommes ont signé les six textes scientifiques du chapitre et seuls des hommes ont été photographiés en situation d’expertise (maniant un microscope et peignant les reproductions de la grotte Chauvet). Nous voulons que nos brevets donnent des envies de sciences à tou·tes nos élèves. Dès lors, nous prenons soin de choisir nos exemples parmi des scientifiques femmes, hommes, blanc·hes et racisé·es.


Conclusion et perspectives

Expérimentée depuis maintenant deux ans dans nos classes, l’évaluation par brevets montre des effets positifs pour les élèves. Celles et ceux qui rencontrent des difficultés ont la possibilité de se corriger, d’obtenir de l’aide, de s’entraîner de nouveau, et ce tout au long de l’année. Les élèves qui détiennent un brevet et qui sont en position d’aider les autres approfondissent également leurs connaissances du sujet étudié en réexpliquant les consignes, les documents, les manipulations auprès des élèves qui n’ont pas encore le brevet. Enfin, cette évaluation est parfaitement lisible et compréhensible par les élèves, par les parents et par nos collègues. Nous aimerions maintenant développer davantage le pouvoir d’agir des élèves en relation avec l’obtention des brevets. Les pistes à suivre sont nombreuses : un brevet peut donner le droit d’écrire un article sur le sujet dans le journal scolaire ou d’enrichir un article sur l’encyclopédie libre en ligne Vikidia pour les 8-13 ans, de s’occuper librement des végétaux du jardin pédagogique, etc.

 

Notes :

1. Cette idée est parfaitement exprimée dans ce rapport de l’Institut de l’Entreprise : « Miser sur les compétences plutôt que les diplômes en valorisant les “compétences transférables”. L’évolution des métiers est trop rapide pour que la formation initiale s’y adapte dans le même temps, tandis que les compétences génériques ne s’apprennent pas nécessairement à l’école. Ceci implique de fonder le recrutement des salariés sur des critères plus larges que le seul diplôme ou le poste préalablement occupé. Pour pouvoir miser sur un salarié au profil atypique, il faut donc savoir reconnaître des “compétences transférables” d’un secteur professionnel à un autre. Il existe par exemple de nombreux points communs entre les boulangers et les ouvriers de la chimie, si bien que la transition de ces actifs d’un secteur à l’autre est possible – c’est d’ailleurs le cas en Allemagne » (Institut de l’Entreprise, L’emploi à vie est mort, vive l’employabilité, 2014). (retour au texte)

2. « Il nous suffira à nous de prendre le carnet scolaire : tel enfant a conquis le brevet de grimpeur, d’ingénieur de l’eau. Inutile d’orienter cet enfant vers le classique pour le faire mordre aux thèmes ou aux explications de texte. Cet enfant, au contraire, réussira fort bien en mécanique, en travaux pratiques, en calculs modernes. Tel autre a le brevet d’écrivain, de géographie, de lecture, de graveur. À diriger vers l’étude intellectuelle et abstraite. Un autre a le brevet de classeur, de calculateur, de dessinateur : il réussira dans les travaux méthodiques […] Les enfants qui, dans un avenir très prochain, s’en iront avec notre nouveau Certificat d’Études, posséderont un livret d’embauche : un coup d’œil au carnet suffira au chef d’entreprise pour voir ce qu’il doit faire faire au postulant qui aura des chances ainsi d’être mieux placé au poste où il pourra montrer un maximum d’efficience, et où il trouvera d’ailleurs un maximum de satisfaction personnelle » (Freinet, « Brevets et chefs d’œuvre », Brochures de l’Éducation Nouvelle Populaire, n° 42, 1949). (retour au texte)

Quelques ressources pour former nos élèves à la zététique et à l’esprit critique

Catégorie : Non catégorisé
Création : lundi 12 novembre 2018 Mis à jour : dimanche 18 novembre 2018 Publication : lundi 12 novembre 2018
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Quelques ressources pour former nos élèves à la zététique et à l’esprit critique

Publication : 18/11/2018
Écrit par : Marine Paulhiac-Pison, professeure de SVT au lycée Marie-Curie (Versailles)

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Introduction
(par SVT Égalité)

L’esprit critique est une compétence particulièrement décisive pour mener une réflexion de manière scientifique, ne pas reproduire tous les types et formes de discriminations, et être sujet de sa propre émancipation.
Si ces objectifs requièrent que les élèves prennent connaissance d’un certain nombre de faits et de données, ainsi que des mécanismes par lesquels ces discriminations se mettent en place et se perpétuent, il est aussi essentiel qu’elles et ils acquièrent certains réflexes, s’approprient certains outils – en premier lieu ceux qui développent l’esprit critique. Cela aide à repérer et à éviter autant que possible les biais cognitifs, et à s’émanciper des conditionnements sociaux qui puisent leur force dans leur omniprésence – elle les rend invisibles en tant que tels, et d’autant plus si l’on n’est pas concerné·e par les violences induites. En d’autres termes, cela aide à penser en dehors du cadre.
La mise en œuvre d’une démarche scientifique rigoureuse relève également de l’esprit critique. En effet, de nombreux biais sont à l’œuvre dans le domaine scientifique, comme dans tous les champs de la société. Les biais sexistes ont par exemple longtemps amené à ne pas rechercher de déterminants de la différenciation sexuelle du côté dit féminin, associé à une attitude passive, ce qui a abouti à un modèle « par défaut » encore présent dans quasi tous les manuels scolaires.
Dans les classes, sensibiliser à l’esprit critique s’exerce au quotidien, notamment en contextualisant les savoirs et en dialoguant avec les élèves. Il est également possible de faire réaliser des travaux sur un thème particulier, pour sensibiliser les élèves à travers l’étude d’un exemple. Marine Paulhiac-Pison nous propose ici une série de ressources (qui pourra être complétée) dans laquelle les enseignant·es trouveront de quoi se former, et éventuellement de quoi travailler avec leurs élèves.

Nous y ajoutons de notre côté :

– l’indispensable observatoire critique de la vulgarisation Allodoxia, réalisé par Odile Fillod qui a vocation à partager des analyses critiques aussi pertinentes que rigoureuses concernant la vulgarisation des « sciences biomédicales et du psychisme » (et en particulier, mais pas seulement, concernant le sexisme).
– le numéro 6 de l’indispensable revue N’Autre école « Esprit critique es-tu là » consacré au sujet et dont vous pouvez lire des extraits et le sommaire ici.
– De manière générale, les ressources associées aux champs de la pédagogie critique : voir à ce sujet le livre d’Irène Pereira Paulo Freire, pédagogue des opprimé·e·s : une introduction aux pédagogies critiques aux éditions Libertalia, le grand nombre de ressources proposées sur ce thème par l’IRESMO, le récent Centre numérique de documentation francophone Paulo Freire, ou encore le site Questions de Classe(s). Et bien sûr les livres et articles d’auteur·es de pédagogie critique, en premier lieu desquels ceux de Paulo Freire (à l’origine de ce mouvement pédagogique).


Une remarque en guise d’avertissement : l’ensemble des ressources listées ici se prête également à un regard critique. D’abord parce que personne n’est à l’abri des arguments fallacieux (comme la technique de l’épouvantail ou l’attaque ad hominem), des biais, du manque d’information et des points aveugles. Ensuite parce que la plupart (pour ne pas dire la quasi-totalité) des ressources de zététique – en général et de cette liste – émanent d’hommes blancs (au sens de groupes sociaux bénéficiant du sexisme et du racisme, voir FAQ).
Dans une société organisée notamment par une domination masculine et blanche (domination au sens social, construite et perpétuée par une histoire et des mécanismes pour la plupart invisibles et inconscients du fait qu’ils ont été normalisés), ce n’est évidemment pas anodin. Si cela s’exprime aussi nettement en zététique, c’est qu’il s’agit d’un domaine qui fait écho à des caractéristiques associées à la masculinité blanche (légitimité, assurance, croyance en une objectivité possible que les auteurs seraient capables d’incarner, capacité à se positionner comme expert…), construite comme particulièrement rationnelle.
Nous vous invitons donc à montrer une vigilance particulière vis-à-vis des ressources de zététique qui traitent des questions sociales (de genre, de classe, de race, de normes sociales en général…).

Nous lançons un appel à nous faire parvenir des ressources émanant de personnes concernées par les dominations (personnes racisées, trans, intersexes, en situation de handicap, neutoatypiques, femmes…). À raisonnement et faits également pertinents, nous avons une préférence pour elles, dans la mesure où nous sommes conscient·es de l’importance de cette représentation quand on a pour ambition de sortir de ces rapports de domination. Elles pourront enrichir cette liste. Merci !


Quelques ressources pour former nos élèves à la zététique et à l’esprit critique


Marine Paulhiac-Pison, professeure de SVT au lycée Marie-Curie (Versailles)


La plupart des sites et ressources proposés ci-dessous sont tirés de la liste du blog Hygiène mentale.
Je vous propose ici une description de certains de ces sites en lien notamment avec l’enseignement des sciences de la vie et de la Terre. Cette liste n’est pas exhaustive et pourra évoluer.

Chaînes YouTube et vidéos spécialisées

La plupart des vidéos ci-dessous et bien d’autres sont accessibles à partir du site Skeptikón, un site qui regroupe de nombreuses vidéos Internet sur l’esprit critique et la zététique. Très utile pour se tenir au courant de l’actualité de différentes chaînes.

Cours de zététique et d’autodéfense intellectuelle
Richard Monvoisin, professeur à l’université de Grenoble et membre du Cortecs (Collectif de recherche transdisciplinaire esprit critique & sciences), propose des cours ouverts à tou·tes à l’université de Grenoble. Ses cours ainsi que les diaporamas sont en ligne sur la chaîne YouTube de l’université. Les cours sont longs mais c’est un excellent moyen de se former.

Conférence
Virginie Bagneux, chercheuse en psychologie sociale et présidente de l’Observatoire Zététique sur l’esprit critique et la zététique, a donné une conférence, « Esprit critique, es-tu là ? » à l’espace des sciences de Rennes le 21 novembre 2017. Elle présente les principes qui président à une démarche de zététique et les résultats de recherches en psychologie sur une série de biais communs.

Hygiène Mentale
Les vidéos de la très riche chaîne Hygiène Mentale, incontournable en zététique, sont conçues par Christophe Michel, un ancien enseignant de physique. Elles sont très pédagogiques et très bien faites (l’auteur est désormais infographiste). En voici quelques-unes pour commencer :
• L’épisode 2, « L’ouverture d’esprit et ses limites » présente les principes de base de la zététique
• L’épisode 3, « L’autodéfense intellectuelle », présente des outils de recherche sur Internet pour vérifier l’information (ici à partir d’un documentaire sur les géants)
• L’épisode 7, « La désinformation », traite de la fiabilité des sources et des usages d’Internet.
• L’épisode 8, « Les publications scientifiques » est particulièrement intéressant pour la partie sur les niveaux de preuves.
• L’épisode 14, « Enquêter sur le paranormal : les diapositives de Roswell », présente une enquête sur les diapositives de Roswell présentées par leur découvreur comme une preuve irréfutable de la présence d’extraterrestres sur Terre. Cette histoire racontée de façon très pédagogique est un support très intéressant pour initier les élèves aux outils de l’esprit critique.

La Tronche en Biais
La Tronche en Biais, de Thomas Durand, docteur en biologie et Vled Tapas, musicologue, est également incontournable dans le paysage zététique français. Elle propose de nombreuses vidéos classées par catégorie :
• Les vidéos de format court La Tronche et Point dans la Tronche, comme « Introduction à la zététique ». Ces vidéos de 10 à 20 minutes présentent les outils de l’esprit critique et les biais de raisonnement à éviter pour raisonner correctement. Ces vidéos peuvent être partagées avec les élèves.
• Les émissions live sont des émissions tournées en public et diffusées en live sur Internet. Ces vidéos sont souvent très longues et inexploitables directement en classe mais permettent d’approfondir certains sujets (la psychanalyse, les neuromythes, la lignée humaine, etc.). Leur intérêt dépend beaucoup de l’intervenant·e invité·e. Depuis peu, des versions abrégées reprenant des extraits intéressants de certaines de ces vidéos sont publiées.
• Tronche de Fake propose des vidéos d’analyse critique de discours ou debunkage, visant à en montrer les limites d’un propos en termes de faits ou de raisonnement. Trois vidéos sont particulièrement intéressantes pour les SVT : deux sur le discours créationniste chrétien (1 et 2) et une sur les discours antivaccination, « Réponse à une maman antivax ».
• Enfin, la chaîne propose un documentaire intitulé Les Lois de l’attraction mentale. Ce projet a été créé en réponse au documentaire pseudo-scientifique La révélation des pyramides. À travers d’interviews d’expert·es et d’une parodie de documentaire, il permet de comprendre pourquoi certaines idées et croyances s’imposent et se diffusent malgré leur irrationalité.

Mycéliums
Mycéliums propose quelques vidéos intéressantes et claires. Certaines sont assez courtes pour être montrées en classe. Elles abordent en particulier la question les arguments fallacieux (ou arguments "moisis") qui sont abordés mais pas seulement.

Mr. Sam
Mr. Sam propose différents formats d’émissions. Les plus utiles pour les enseignant·es, les émissions FAKE, permettent d’aborder différents sujets à l’aide des outils de l’esprit critique et de la zététique. Les plus intéressantes pour les SVT sont « Homéopathie » et « La Terre est plate ».

Esprit critique
Esprit critique est une chaîne de vulgarisation sur l’esprit critique. Elle aborde essentiellement les questions politiques. La présence d’un subjectivomètre qui mesure le degré de subjectivité des affirmations est particulièrement pertinente et le petit esprit commentant les dires du narrateur apporte une petite touche d’humour appréciable. Deux vidéos sont particulièrement intéressantes pour les SVT : « Clitoris et/ou pénis : le sexe biologique » et « Darwinisme social : sciences vs politiques ».

Un Monde Riant
Un Monde Riant s’intéresse aux approximations des médias grand public dans le traitement de l’information scientifique. Les vidéos sont relativement courtes et sont une ressource intéressante pour les projets interdisciplinaires, l’éducation aux médias ou pour les TPE.

Sites de debunkage

Les sites de debunkage ne proposent pas d’outils ou de vidéos générales mais donnent des exemples précis d’utilisation de ces outils.

Defakator
Defakator propose des débunkages sous un angle souvent humoristique (la devise de la chaîne est « on défèque sur les fakes » – un fake étant une information erronée voire mensongère). Les vidéos de ce site sont malheureusement difficilement exploitables en classe car trop longues et le ton utilisé n’est pas forcément toujours pertinent dans un contexte pédagogique. Mais la démarche est intéressante et certaines vidéos et idées sont assez amusantes. Voir par exemple « La Terre est plate, c’est toi t’es rond » et « On veut nous piquer nos enfants » sur les vaccins (attention, certaines images peuvent déranger).

Le DeBunKer des Étoiles
Le DeBunKer des Étoiles propose peu de vidéos en lien direct avec les SVT mais est une bonne chaîne de debunkage, notamment sur le 11-Septembre ou les chemtrails (mot utilisé au lieu de contrails – traînées de condensation laissées par les avions dans le ciel – en référence à des produits chimiuqes qui seraient ainsi épandus).

Hoaxbuster
Hoaxbuster est un site de référence permettant de vérifier l’information qui circule sur Internet et d’identifier les canulars (hoax). Très utile en cas de mail ou de post douteux sur les réseaux sociaux. La veille est assurée par un forum très actif.

Chaînes non spécialisées

Les chaînes suivantes ne sont pas spécialisées sur les thématiques de la zététique et de l’esprit critique mais elles proposent ponctuellement des vidéos ponctuelles d’excellentes qualité dans cet esprit.

Astronogeek
Astronogeek propose d’excellentes vidéos sur l’astronomie. De nombreuses vidéos sont en lien avec l’esprit critique comme « Pourquoi la Terre doit être plate ? » ou « La vérité sur Nibiru, la planète X »… La dernière vidéo en date de la chaîne, « La vérité sur les crop circles » (les cercles de moissons attribués par certain·es à des interventions extraterrestres) a d’ailleurs été réalisée en collaboration avec Hygiène Mentale, La Tronche en Biais, Defakator et Un Monde Riant (rien que ça…).

La statistique expliquée à mon chat
La chaîne La statistique expliquée à mon chat propose des vidéos d’images animées mettant en scène des chats pour parler de statistiques. C’est une perle pour tout·e professeur·e de sciences. La plupart des vidéos sont en lien avec les mathématiques ou l’économie mais certaines sont très intéressantes, sur les études alarmistes (« Tu bois du light ? T’es foutu ! ») ou pour comprendre les outils statistiques fondamentales en recherche : l’intérêt du groupe contrôle lors d’études médicales (« Les homéopathes se foutraient-ils ne notre gueule ? ») et la p-valeur (« P-valeur ou je fais un malheur ! »). Le format court, le ton très pédagogique et l’excellente animation rendent les vidéos très facilement utilisables en classe.

OTB - Outside the Box
Outside the Box propose quelques vidéos intéressantes sur les arguments fallacieux (« Le top 5 des arguments fallacieux les plus communs » en collaboration avec Hygiène Mentale), etc. « Le Top 5 des choses à savoir sur la science » est particulièrement intéressante et parfaitement utilisable en classe.
Pour les anglophones ou dans le cadre d’un enseignement de Discipline Non Linguistique en anglais (attention toutefois à un vocabulaire un peu explicite), la vidéo de John Oliver sur les études scientifiques « Scientific Studies: Last Week Tonight with John Oliver » est à la fois drôle et démonstrative.

Sites Internet

Le Dictionnaire sceptique
Le Dictionnaire sceptique est publié sur le site canadien des sceptiques du Québec. Il se présente comme un dictionnaire est très utile en cas de doute sur un site Internet, un·e intervenant·e ou une information.

Le Psiram
Le Psiram est un wiki en allemand et en anglais sur les croyances irrationnelles qui propose de nombreux articles sur différentes pseudosciences ainsi que de nombreuses biographies de personnes en lien avec les pseudosciences. C’est un outil très utile pour balayer rapidement un sujet ou avoir rapidement des éléments d’informations face à un discours qui semble pseudoscientifique.

Le site Charlatans
Le site Charlatans comprend de très nombreux articles sur les pseudosciences. C’est une porte d’entrée très utile lorsque l’on s’intéresse à une thématique en particulier (géobiologie, psychanalyse, PNL, etc.). Le site propose également une bibliographie très fournie de livres sur ces thématiques.

Le site de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS), Pseudo-sciences
Pseudo-sciences, propose de nombreux articles parfois complexes mais souvent intéressants (voir également la bibliographie). Certains sont regroupés par dossier (OGM, psychanalyse, créationnisme) ce qui est utile pour balayer un sujet. On trouve notamment de nombreux articles de Guillaume Lecointre, membre du conseil scientifique de l’association, sur le créationnisme (« Créationnismes, croyances, et contour des sciences »).

Le site du Cortecs
Le site du Cortecs propose différentes ressources pour les enseignant·es, des retours d’expériences et des travaux d’étudiant·es réalisés dans le cadre du cours de zététique.

Blogs

Science Pop
Science Pop est tenu par une association de vulgarisation scientifique et propose également des articles sur de nombreuses thématiques en lien notamment avec l’actualité médiatique.

La Menace théoriste
La Menace théoriste est tenu par l’équipe de la Tronche en Biais. Outre les articles sur différents sujets (zététique, biais cognitifs et sophismes), on y trouve également des retours sur des émissions passées.

La Théière Cosmique
La Théière Cosmique fait référence à la théière de Russell. Ce blog propose de nombreux articles souvent longs et très fouillés sur différentes thématiques, précisant leur longueur et leur niveau de difficulté. Certains, notamment sur la santé, sont des traductions de blogs sceptiques américains. C’est à mon sens là qu’on trouve actuellement les articles les plus pertinents sur le climatoscepticisme ou le créationnisme, des thèmes moins souvent traités sur les sites sceptiques français.

Rougeole épidémiologie
Le site Rougeole épidémiologie de Julie et Louise propose de nombreuses ressources sur la vaccination et des articles très détaillés en réponse aux arguments antivaccination.

Le Pharmachien
Le Pharmachien est un site tenu par un pharmacien québécois qui, à travers des bandes dessinées fort amusantes, fait de la vulgarisation scientifique et détruit au passage de nombreuses pseudosciences. Pour avoir un petit aperçu de son travail, je recommande les planches suivantes : « La cause de toutes les maladies : le V.E.O. », « 5 opinions mal informées sur les vaccins », « Mise à jour sur la mode sans gluten », « 10 choses qui m’énervent à propos des produits naturels » ou « À dose homéopathique, une expression mal utilisée ».


Enfin, n’oublions pas le groupe public Facebook Zététique qui compte actuellement près de 20 000 membres est également un lieu d’échange important sur ces questions. L’équipe de modération fait un énorme travail pour apaiser les débats et limiter la quantité de messages, ce qui n’est pas tâche aisée. De nombreux spécialistes de ces questions comme l’équipe de La Tronche en Biais, Christophe Michel d’Hygiène Mentale, Serge Bret-Morel et j’en passe se trouvent sur ce groupe, ce qui permet d’obtenir souvent des réponses très intéressantes. Il existe d’autres groupes spécialisés dans des thématiques précises (archéologie et zététique, UFO scepticisme…).


Bibliographie

Cette bibliographie est très loin d’être exhaustive.

Savoirs, opinions, croyances. Une réponse laïque et didactique aux contestations de la science en classe de Guillaume Lecointre, Belin Éducation (2018).
Ce livre récent et assez court à lire rappelle les fondements épistémologiques et méthodologiques de la démarche scientifique. C’est un livre indispensable pour tout·e enseignant·e de sciences qui peut être confronté·e à des questions en classe, notamment sur les rapports entre science et religion (mais pas seulement).

L’ironie de l’évolution de Thomas Durand, Le Seuil (2018).
Ce livre écrit par l’un des animateurs de la Tronche en Biais montre comment les biais de notre cerveau liés à son évolution rendent particulièrement difficile l’acceptation de nombreuses théories scientifiques, notamment celle de l’évolution. Le livre est très bien écrit, très pédagogique et est un ouvrage particulièrement intéressant pour les enseignant·es de SVT.

Manuel d’autodéfense intellectuelle de Sophie Mazet, Robert Laffont (2015).
L’auteure est une professeure d’anglais qui a mis en place un atelier d’autodéfense intellectuelle dans son lycée de Seine-Saint-Denis. Elle propose ici une initiation à l’esprit critique. C’est une très bonne première approche : il est relativement rapide à lire, accessible (éventuellement à des lycéen·nes) et clair. En revanche il semblera probablement un peu superficiel à une personne déjà bien formée sur ces questions.

La démocratie des crédules de Gérard Bronner, PUF (2013).
Ce livre est une référence en zététique et en esprit critique. Gérald Bronner, sociologue, étudie comment l’ouverture du marché de l’information et le fonctionnement de notre cerveau contribue à diffuser des informations et des rumeurs totalement erronées.

Petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon, Lux éditeur (2006).
Ce livre, écrit par un ancien professeur en sciences de l’éducation au Québec et illustré par Charb, est un ouvrage de référence pour toute personne s’intéressant à ces questions. Il est plus fourni et plus complexe que celui de Sophie Mazet, et présente l’ensemble des outils disponibles pour une bonne hygiène mentale. Il peut cependant sembler un peu complexe à quelqu’un qui n’a aucune connaissance sur ces questions.

Devenez sorciers, devenez savants de Georges Charpak et Henri Broch (2003)
Henri Broch, fondateur du laboratoire de zététique de Nice, est l’un des pionniers de la zététique en France. Ce livre a un peu vieilli mais propose de nombreux exemples de pseudosciences, faux mages et charlatans. Il est très accessible et a été pour moi une vraie révélation quand je l’ai lu en tant que lycéenne.

Les éditions Book-e-book éditent des livres exclusivement sur la zététique (Henri Broch pionnier de la zététique en France en est le directeur de collection). De nombreux ouvrages sont accessibles en version numérique et papier. Les thématiques brossées sont très larges. L’un de ces ouvrages, Esprit critique es-tu là ? 30 activités zététiques pour aiguiser son esprit critique propose des idées d’activités dans le cadre d’ateliers pédagogiques par exemple.

Sciences et pseudo-sciences est la revue trimestrielle de l’AFIS (voir sitographie). Elle aborde différents thèmes. La revue est passionnante et souvent en lien avec l’actualité. L’abonnement pour un an coûte 25 euros et il y a une formule diffusion à 45 euros pour 3 exemplaires (un pour vous, un pour le labo et un pour le CDI, pourquoi pas). Indispensable…


Associations et rencontres de zététique

En plus du Cortecs déjà cité, il existe d’autres associations de zététique qui proposent parfois des conférences accessibles à tou·tes.

L’observatoire zététique est basé à Grenoble. Il propose régulièrement des conférences à Grenoble et Chambéry, ainsi que des rencontres (aux dernières nouvelles le premier lundi du mois à la Table Ronde à Grenoble, vous trouverez plus d’informations sur le groupe Facebook de l’association).

L’Association pour la science et la transmission de l’esprit critique (ASTEC) est montée par l’équipe de La Tronche en Biais. Elle est basée à Nancy, où sont généralement tournés en public les épisodes de La Tronche en live (Université de Lorraine). Les dates des enregistrements sont annoncées quelques semaines avant sur la chaîne.

Le cercle Zététique Languedoc Roussillon installé à Montpellier propose également de nombreuses conférences et une bibliothèque.

Paris Skeptics in the Pub et Bruxelles Skeptics in the Pub proposent des rencontres zététiques régulières dans des bars à Paris ou à Bruxelles. Les rencontres de Paris sont ensuite accessibles en vidéo sur Facebook. Celles de Bruxelles sont reprises dans le podcast Scepticisme scientifique.

Pédagogues

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Création : jeudi 25 octobre 2018 Mis à jour : jeudi 25 octobre 2018 Publication : jeudi 25 octobre 2018
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Francisco Ferrer (1859-1909), un pédagogue à redécouvrir

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Création : mardi 30 octobre 2018 Mis à jour : mercredi 31 octobre 2018 Publication : mardi 30 octobre 2018
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Francisco Ferrer (1859-1909), un pédagogue à redécouvrir

Publication : 31/10/2018

Écrit par : Sylvain Wagnon
Professeur en sciences de l'éducation à l'université de Montpellier
et auteur de deux ouvrages sur Ferrer (voir références en bas de page)

Anarchiste, libre penseur, franc-maçon et pédagogue, tel était Francisco Ferrer, dont le nom évoque son assassinat après un procès arbitraire en 1909. Toutefois il est avant tout le créateur de l’École moderne de Barcelone en 1901, et d’un dispositif éducatif qui reste encore aujourd’hui d’actualité.

Une critique radicale de l’éducation de son temps

Né en Catalogne en 1859, Ferrer est issu d’une famille de petits propriétaires viticulteurs très attachée à l’Église catholique et à la monarchie. Les critiques de sa propre éducation, Ferrer les formulera dans son ouvrage L’École moderne. Il s’oppose aux contenus enseignés et à la façon d’enseigner. Il reproche à la toute-puissante Église catholique et au pouvoir monarchique de maintenir la population dans l’ignorance et la misère pour mieux la contrôler. Ferrer s’insurge contre cet enseignement traditionnel religieux de sa jeunesse, soumis à l’autorité et aux intérêts des classes dominantes.

Ferrer, un pédagogue anarchiste

L’apport de Ferrer relève de l’histoire de l’éducation libertaire avec cette affirmation d’une pédagogie rationaliste et scientifique, cette volonté de faire de la liberté le pivot des réflexions et des pratiques, et de remettre en cause la notion même de pouvoir, qu’il soit religieux ou étatique.
L’anarchisme de Ferrer ne peut ensuite se comprendre hors de son contexte. Ferrer connaît en Espagne le poids du catholicisme, religion d’État toute-puissante. Ensuite en exil en France de 1886 à 1901, il critique une république qui se construit autour du triptyque « liberté, égalité, fraternité » mais qui, dans les faits et en particulier en ce qui concerne l’école républicaine, n’engage aucune transformation sociale d’envergure.
Ferrer lutte donc pour une révolution sociale, démocratique et libertaire. Il est partie prenante de la mouvance anarchiste dite « éducationniste », qui veut faire de l’éducation l’un des moyens majeurs de cette révolution sociale. L’éducation est pour lui un levier pour l’émancipation individuelle et collective, la transformation de l’organisation sociale et la création d’une nouvelle société.

Paul Robin et l’éducation intégrale : les références de Francisco Ferrer

Le pédagogue Paul Robin (1837-1912), « père » des pédagogies libertaires modernes, théorise les principes d’une nouvelle éducation : l’éducation intégrale. Francisco Ferrer reprendra l’ensemble des idées de Robin. L’éducation doit être à la fois intellectuelle, physique et morale. Il ne s’agit pas de créer de « petit·es anarchistes » mais bien de permettre l’émancipation individuelle et collective par une éducation rationnelle qui refuse tout dogmatisme et prône le libre examen.
Cette éducation intégrale, qui prend en compte l’ensemble des facultés humaines, est aussi l’expression du refus d’un enseignement traditionnel reposant purement sur la transmission. En proposant une approche complète et singulière de l’enfant par l’épanouissement intellectuel, physique et moral, cette éducation intégrale s’appuie sur une approche expérimentale des activités, le plus possible associée aux réalités quotidiennes.

L’École moderne (1901-1907), modèle des écoles rationalistes

En 1901, Ferrer crée à Barcelone l’École moderne. Il n’a pas défini une doctrine d’éducation générale, il n’a pas « créé » de nouvelles pratiques, mais au sein de son école, de 1901 à 1906, il propose une alternative pédagogique à l’enseignement religieux et étatique. Tout d’abord, il met en place une mixité filles-garçons et une mixité sociale, deux éléments en rupture totale avec l’enseignement traditionnel de l’époque. Ensuite, il organise une éducation intégrale, dans la lignée des idées de Paul Robin, par des activités intellectuelles, manuelles et artistiques. Avec l’École moderne, il organise un projet socio-éducatif d’émancipation sociale qui doit être un modèle pour la création d’autres écoles rationalistes.

Une pédagogie active

Les différents bulletins de l’école décrivent la mise en place d’une pédagogie active faite de jeux, de travaux manuels, de travaux de jardinage, de chorale, de théâtre et d’excursions scolaires. En même temps, Ferrer met en place des contenus pédagogiques qui équilibrent un enseignement intellectuel, un enseignement physique et un enseignement moral autour des valeurs de solidarité, d’entraide, de coopération, d’autonomie et de responsabilité.
Francisco Ferrer veut établir un réseau d’écoles capables de concurrencer le système scolaire en place, d’essaimer les idées de l’École moderne et de diffuser l’esprit de l’école à travers l’élaboration de tout un catalogue d’ouvrages scolaires et scientifiques susceptibles d’être utilisés par d’autres écoles. Plus tardivement, il pense à une formation des enseignant·es pour créer de nouvelles écoles.

Une maison du peuple

À Barcelone, Ferrer crée une école mais aussi une maison d’édition, met en place des conférences pour adultes, construit des bibliothèques, des espaces pour les associations ouvrières et syndicales, une sorte de « maison du peuple » qui fait toute la singularité de l’expérience éducative ferreriste. Cet ensemble doit être un pivot pour structurer un réseau d’écoles rationalistes.
Si la mort de Ferrer annonce la fin de l’expérience de l’École moderne, tout ce réseau éducatif connaît un nouvel essor lors de la création de la Seconde République espagnole en 1931, jusqu’à la fin de la guerre d’Espagne en 1939. Ce n’est pas un hasard si Célestin Freinet appelle son mouvement « l’école moderne » : c’est une référence directe à Francisco Ferrer.

Principes de morale scientifique

Ferrer attache une grande importance à l’enseignement moral. Sa volonté de mettre en œuvre une morale rationaliste, fraternelle et laïque est toujours d’actualité au regard des défis auxquels est confrontée aujourd’hui la laïcité à l’école et dans la société face aux offensives religieuses de toutes natures et de toutes obédiences.
En 1907, il écrit Principes d’une morale scientifique à l’usage des écoles rationalistes, afin de proposer un enseignement centré sur le libre examen et l’esprit critique hors des cadres étatiques et religieux. Il réaffirme à cette occasion que l’éducation des enfants a ses propres spécificités liées à une certaine vision des enfants, êtres singuliers et êtres sociaux.

L’élaboration d’un plan général d’éducation

En 1907, il est accusé d’être l’instigateur d’un attentat. Bien qu’il soit libéré après un premier procès, l’Église obtient la fermeture de son école. Ferrer est confronté à un double problème : comment poursuivre l’aventure de l’École moderne ? Comment élargir son combat révolutionnaire ?
Percevant rapidement l’impossibilité de rouvrir son école, il décide de centrer son combat sur le maintien de la maison d’édition, dernier foyer et creuset d’une rénovation scolaire et culturelle. Ensuite, il entreprend une réflexion d’ensemble pour une rénovation radicale et générale de l’éducation. À ce titre, il décide la création et l’organisation d’une Ligue internationale de l’éducation rationnelle et d’un organe de presse, l’École rénovée, ancêtre du courant syndical de l’école émancipée.
Rentré en Espagne en juillet 1909, Ferrer est désigné par la presse gouvernementale et les autorités ecclésiastiques comme l’un des instigateurs et des meneurs de l’insurrection en Catalogne. Il est arrêté en septembre 1909. Après un procès politique devant un tribunal militaire, il est condamné à mort et fusillé le 13 octobre 1909. Son arrestation puis sa mort provoquèrent une forte mobilisation et de multiples manifestations dans toute l’Europe.

Pour une éducation émancipatrice

Ferrer, malgré ses écrits, n’est pas un théoricien. Il s’inscrit comme un pédagogue qui a pensé et organisé une école autour des principes de l’éducation intégrale de Paul Robin. L’éducation est un moyen de lutte contre le pouvoir en place et un outil de construction d’une autre société. Cette transformation sociale passe immanquablement par une lutte acharnée contre tous les intégrismes et toutes les intolérances. La libre pensée est pour lui le pivot de toute éducation, le fondement de la liberté pour que quiconque puisse penser par soi-même hors de toute autorité coercitive et de tous les pouvoirs.

Le projet de Ferrer s’inscrit comme une source de l’école démocratique actuelle et des pédagogies critiques. Au carrefour de l’histoire de l’éducation libertaire et de celle de l’éducation nouvelle, Ferrer n’a pas survécu pédagogiquement dans l’historiographie de ces deux courants éducatifs majeurs. Pourtant, à sa manière, il a participé à cet idéal, toujours actuel, d’émancipation individuelle et sociale et à mettre en avant la nécessité d’une convergence du combat social et du combat pédagogique.

Pour en savoir plus :
– Sylvain Wagnon, Francisco Ferrer, une éducation libertaire en héritage. Suivi de « l'école moderne », de Francisco Ferrer, Atelier de création libertaire, 2013
– Sylvain Wagnon, Francisco Ferrer : pour une morale rationaliste, fraternelle et laïque. Suivi de « Les principes d’une morale scientifique à l’usage des écoles rationalistes », de Francisco Ferrer, Atelier de création libertaire, 2018

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Création : mercredi 10 octobre 2018 Mis à jour : mercredi 10 octobre 2018 Publication : mercredi 10 octobre 2018
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Projets

Vous sont présentées ici des ressources permettant de réaliser un enseignement plus inclusif, moins normatif, davantage humaniste, émancipateur.
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