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Projet " Un baptême de salles pour rétablir l'histoire des sciences "

Auteur : Les SVT vers l'Égalité


- Année de réalisation du projet : 2013
- Établissement : lycée français Charles-de-Gaulle, Concepción, Chili


Il n’est plus possible d’ignorer la place des femmes scientifiques dans l’histoire des sciences maintenant qu’existent de nombreux sites dont celui-ci, articles et même des encyclopédies consacrés à ce sujet. Du moins en théorie, puisque les noms de ces grandes scientifiques sont encore très loin de faire partie de notre culture générale au même titre que ceux de leurs homologues masculins. À part celui de Marie Curie, lesquels sont gravés dans notre mémoire comme ceux de Pasteur ou Darwin ? Ces femmes ont pourtant cristallisé l’ADN, découvert la dorsale médio-atlantique, ou encore reçu des prix Nobel. Comment expliquer ces absences ? Les contributions de certaines femmes scientifiques n’ont pas été reconnues (comme celle de Rosalind Franklin, récemment réhabilitée, dont la photographie d’une molécule cristallisée d’ADN a permis d’en connaître la structure en double hélice), ou bien elles sont écartées lors de l’attribution de prix (Jocelyn Bell, à l’origine de la découverte des pulsars, n’a pas reçu le prix Nobel, attribué uniquement à son directeur de thèse), ou encore des hommes se sont attribués leurs travaux (c’est le cas de Marthe Gautier, qui, parvenue à dénombrer les chromosomes des personnes atteintes du syndrome de Down, a été dépossédée de sa découverte par Jérôme Lejeune). D’autre part, leurs noms sont trop peu cités et référencés pour nous être familiers, que ce soit dans les médias (cinéma, télévision, bandes dessinées…) ou, plus gênant, dans les manuels scolaires eux-mêmes, qui les ignorent largement pour la plupart.


Le projet

Pour élargir la culture scientifique de nos élèves au-delà de celle des programmes, des manuels scolaires et des médias, et donner leur véritable place aux femmes scientifiques, nous avons proposé aux élèves de nos classes de baptiser ensemble les 10 salles de classe du département de sciences (SVT et SPC incluses) du nom de grandes scientifiques de l’histoire des sciences. Par exemple, la salle de SVT n° 208 deviendrait la salle « Rosalind Franklin », dont le nom serait gravé sur une plaque au niveau de la porte. Il nous a paru important que ce projet soit entièrement dédié aux femmes scientifiques de l’histoire des sciences, et non aux femmes et aux hommes à part égale (5 salles aux unes et 5 aux autres). Nous avons en effet une énorme dette envers elles, et au regard du déficit de (re)connaissance qui les ont touchées et les touchent encore dans le cadre de l’histoire de sciences, il n’est que justice de se focaliser sur elles, dans l’idée de contribuer à commencer à faire connaître leurs travaux et leur apport, à rendre certains de leurs noms plus familiers. Les hommes ne sont de toute manière pas en reste, puisque ces quelques semaines s’inscrivent dans une longue scolarité qui baigne dans la culture des scientifiques hommes, il n’est qu’à voir le contenu des manuels pour s’en convaincre. Si notre finalité est de promouvoir l’égalité des chances entre filles et garçons et entre hommes et femmes, nous pensons qu’avant de pouvoir parler d’égalité, nous devons rétablir la juste et véritable histoire des sciences. Cela apportera de plus autant de modèles auxquels les filles pourront s’identifier, autant de figures qui balaient les stéréotypes.

Déroulement


La première étape du projet a été de sélectionner avec des élèves de l’atelier Sciences (des élèves impliqués dans des projets scientifiques extra-scolaires) une vingtaine de scientifiques dans les différents champs disciplinaires des programmes (génétique, physique, chimie, biochimie, évolution, écologie/botanique, géologie, technologie, etc.), à raison de deux scientifiques par champ disciplinaire, et de façon à ce que diverses nationalités soient représentées.

Lors de la deuxième étape, des élèves volontaires et motivés de tous niveaux ont préparé en binôme ou en trinôme pendant trois semaines les affiches présentant la biographie de ces vingt scientifiques à l’intention de la communauté scolaire. Ces affiches ont inclus au minimum une courte chronologie de leur vie, leur apport majeur à la science, quelques photos, et un paragraphe mentionnant la manière dont elles ont vécu leur condition féminine dans un monde scientifique masculin.

L’exposition des affiches a été l’objet de la troisième étape. Tou•te•s nos élèves (de collège et de lycée) ont été invité•e•s à lire les affiches et à voter pour les trois scientifiques qui les ont le plus impressionné•e•s. La scientifique la plus cotée, indépendamment de son champ disciplinaire, a été choisie pour baptiser le couloir des salles de sciences. Puis, pour chaque champ disciplinaire, nous avons retenu celle des deux scientifiques proposées ayant obtenu le plus de votes.

La dernière étape a été la pose des plaques sur la porte de chacune des 10 salles et sur le mur du couloir de sciences. Le couloir a ensuite été inauguré en présence du proviseur, du proviseur adjoint, des professeur•e•s de sciences et d’autres disciplines, des élèves et des personnes que chacun•e avait invitées. Les élèves qui ont dirigé le projet et le proviseur ont rappelé dans un bref discours que ce projet n’était qu’une petite pierre dans l’édifice encore en construction d’une éducation juste et sans stéréotype, et d’une égalité des chances quotidienne entre filles et garçons.

Conclusion


Rachel Carlson, Barbara McClintock, Mary Tharp… ces noms de grandes scientifiques de l’histoire des sciences résonneront toujours aux oreilles de celles et ceux qui ont participé à ce projet. Mais nous espérons également qu’élèves et professeurs qui, l’année prochaine, s’engageront dans ce couloir, laisseront leur regard s’arrêter sur une plaque et se demanderont : « C’est qui, Cecilia Payne ? … » Bonne question.