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La langue et le racisme

Dernière mise à jour : 22/12/2016

Auteur·e·s : SVT Égalité

 

La langue française contient un certain nombre de formules qui, loin d'être anodines, véhiculent des représentations stéréotypées et dévalorisantes de l'« Autre » (caractérisé·e par le fait de ne pas représenter la norme, c'est-à-dire les caractéristiques des personnes qui ne subissent pas les discriminations). Certaines de ces formules sont très courantes et largement employées, à l'oral comme à l'écrit.
En voici quelques exemples :

– « L'Afrique », « les Africain·es » : trop souvent, on réduit ce qu'on ne connaît pas à un ensemble homogène. Nous sommes conscient·es de différences culturelles entre Brest et Marseille, deux villes d'un même pays, mais nous négligeons très souvent les distinctions pourtant autrement plus importantes qu'il peut y avoir entre l'Éthiopie et le Sénégal. Cette Afrique (plus de 50 pays...) uniforme, homogène, est l'une des réductions racistes les plus courantes de la langue française.

– Les termes « blanc·he », « noir·e », etc., pour désigner des personnes selon leur couleur de peau sont également porteurs de représentations stéréotypées. Ils réduisent chaque individu à un groupe dont il devrait partager certaines caractéristiques. Si l'emploi de ces termes est parfois justifié (nous les employons dans ce site), c'est pour désigner des groupes sociaux construits par le racisme (désignant les personnes renvoyées à cette identité fantasmée). Car si les races n'existent pas, le racisme a des effets en termes de discriminations sur les groupes qu'il crée. Il importe de bien distinguer les deux usages (voir FAQ Pourquoi utiliser les termes « blanc·he·s » et « noir·e·s » si les races n’existent pas ?).

– L'« Afrique noire » est une expression également encore très souvent utilisée. En plus d'être raciste, elle peut renvoyer à des zones variables : tantôt l'Afrique de l'Ouest, tantôt l'Afrique subsaharienne... L'appellation faisant appel à la géographie est la seule pertinente.

– L'expression « couleur chair » est également encore souvent employée. Elle est clairement normative puisqu’elle renvoie à la couleur des blanc·he·s (dont elle révèle pour une fois que la peau n'est pas blanche), et ne fait bien évidemment référence à aucune couleur définie, la peau étant d'une couleur très variable selon les individus.

– Le simple fait de ne spécifier la couleur de la peau qu'au sujet d’une personne « non-blanche » véhicule une notion de norme : par défaut, toute personne est ainsi « blanche », toutes les personnes non considérées comme telles seraient donc « hors norme ». Cette description participe à faire des personnes racisée (en raison de la pigmentation de leur peau mais aussi de leurs traits, de leur religion, de leur langue...) des « Autres », le propre de la norme étant d’être considérée comme non spécifique. C'est la majorité invisible.

– Le terme « race », en toute rigueur scientifique, ne peut pas être utilisé pour désigner des groupes humains dans un sens biologique. Le concept de « race » a été inventé et développé au XIXe siècle pour justifier la domination et l'oppression des « blanc·he·s » (de certain·e·s Européen·ne·s alors devenu·es « blanc·he·s ») sur d'autres populations. Il est à noter que le mot « race » est cependant utilisé en sciences humaines pour décrire le contenu – en évolution permanente – du racisme. C’est le sens dans lequel nous l’utilisons ici (voir FAQ Puisque « les races » n’existent pas, comment peut-on parler de discriminations fondées sur « la race » ?).

– Même chose pour les termes « métissage » ou « métis-se », qui sous-entendent un mélange de deux « races ». Le seul emploi pertinent renvoie au rapport de pouvoir raciste et aux personnes se trouvant considéré⋅es par le racisme comme « métisses ».

– « Têtes blondes » : c'est une formule un peu désuète mais que l'on rencontre encore pour désigner des enfants... qui sont loin d'être tou⋅tes blond⋅es.

Il est également indispensable de valoriser les langues de l'immigration postcoloniale au même titre que les autres, la langue maternelle étant essentielle à la construction et à l'équilibre d'un·e enfant, et le bilinguisme une richesse non réservée aux langues des « blanc·he·s ».

Ressources

– Fatima Ouassak, « En défense de (toutes) nos langues maternelles », Streetpress, 23 mai 2017
– Philippe, Discriminations. Combattre la glottophobie, Paris : Textuel, 2016