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Les stéréotypes

Écrit par : Ségolène Roy
Dernière mise à jour : 17/03/2017

 

Qu’est-ce qu’un stéréotype ?

C’est une croyance concernant les traits de personnalité ou les comportements d’un groupe de personnes.

Le mot « stéréotype » vient de deux termes grecs qui signifient « empreinte » et « solide ». Il a d’abord été utilisé en imprimerie pour désigner un bloc de caractères qui sert à imprimer une page qui peut être imprimée plusieurs fois. Il s’agit donc d’un modèle qui servira à reproduire une même image. En psychologie, cette image « colle » à un groupe de gens : « Les stéréotypes sont des croyances partagées concernant les caractéristiques personnelles, généralement des traits de personnalité, mais souvent aussi des comportements, d’un groupe de personnes. » (Site Préjugés et stéréotypes, citant Jacques-Philippe Leyens, Vincent Yzerbyt et Georges Chadron, Stéréotypes et cognition sociale, Bruxelles : éd. Mardaga, 1996) C’est une « idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d’agir. » (Définition de « stéréotype », Centre national de ressources textuelles et lexicales)


À quoi servent les stéréotypes ?

À simplifier le réel pour traiter l’information.

Dans un monde complexe, notre cerveau simplifie le réel en le catégorisant pour traiter l’information, ce qui est à origine de la création de stéréotypes. Cela nous permet de prendre des décisions à chaque instant de notre vie, pour (ré)agir vite. Par exemple en associant couleur rouge et toxicité, souvent corrélées mais pas toujours, on évitera de consommer un champignon sur la base de sa couleur. Ces « modèles » sont autant de repères basiques, positifs ou négatifs, qui permettent de transformer l’inconnu en connu. Les stéréotypes concernent davantage les groupes auxquels on ne s’identifie pas, notre propre groupe nous apparaissant comme plus diversifié que les autres.


Quels sont les effets des stéréotypes ?

> Les qualités et attitudes d’un individu sont perçues à travers les stéréotypes du groupe auquel on le rattache, et non à travers ses caractéristiques propres

Avec les stéréotypes, les individus deviennent interchangeables à l’intérieur d’un même groupe, et ne peuvent, dans l’esprit de ceux qui leur appliquent un stéréotype, montrer d’autres caractéristiques que celles de leur groupe. Si une information n’y est pas conforme, on l’évacue ou on l’interprète en fonction du modèle : une femme portant le foulard islamique, indépendante et défendant ses droits, ne remettra pas en cause le stéréotype de la femme voilée soumise ou opprimée.

> Le stéréotype peut servir de grille de lecture, omettant une réalité plus complexe

Le stéréotype peut servir de modèle à l’aune duquel tout s’explique. Dans le cas des stéréotypes de genre actuels en France (les stéréotypes liés à notre représentation de ce que sont le masculin et féminin), il peut amener à expliquer un comportement indépendamment de la spécificité de la personne et de la situation concernées : si un bébé présenté comme féminin pleure, on attribue ses pleurs à la tristesse, s’il est présenté comme masculin, on les attribue à la colère. Un stéréotype peut amener à penser qu’une personne qui porte un costume est un·e agent·e de sécurité si elle est noire, sans même imaginer qu’elle peut tout aussi bien exercer de multiples autres fonctions, y compris au sommet de la hiérarchie ; ou à penser qu’une personne en colère est hystérique si c’est une femme, et à ne pas écouter ses arguments, sans se demander si sa colère a de bonnes raisons d’être – quand on aurait crédité un homme de courage, de caractère ou de fermeté.

> Les stéréotypes peuvent devenir normatifs

Au lieu de représenter la réalité à laquelle ils renvoient, les stéréotypes peuvent servir de normes dans l’esprit de la personne qui les a intégrés : chacun·e doit alors se conformer à un modèle réducteur par définition. On attend des hommes qu’ils soient courageux et rationnels, des femmes qu’elles soient douces et attentionnées, et on peut condamner leur attitude sur la base de ce critère s’ils ne s’y conforment pas.

> Les stéréotypes peuvent générer des discriminations

La discrimination advient quand le stéréotype est utilisé sans réfléchir ou le remettre en cause, ni prendre en compte la complexité de la réalité, sans s’adapter à la personne qu’on associe à un groupe, et qu’il amène à lui porter préjudice d’une manière injustifiable. Par exemple quand le stéréotype amène à ne pas embaucher une personne si elle vit un handicap parce qu’on la pense d’emblée courageuse mais improductive ; à ne pas envoyer une élève en stage dans une entreprise où l'on a peur qu'elle vive une situation difficile parce que c'est un milieu masculin ; à ne pas proposer à un∙e élève « arabe » (voir FAQ sur l'utilisation de ce terme) une orientation qu'on aurait proposée à un∙e élève blanc∙he.

> Les stéréotypes peuvent créer des inégalités

Les stéréotypes peuvent entraîner des inégalités. Par exemple, les stéréotypes qui concernent les élèves issu∙e∙s de classes sociales dites défavorisées et les filles entraînent leur (auto)dévalorisation et leur (auto)sélection, limitant leur orientation professionnelle indépendamment de leurs capacités ou de leurs résultats scolaires. 

La menace du stéréotype est un mécanisme de création d’inégalités : la peur de conforter un stéréotype dans une situation où ce stéréotype est rappelé diminue les performances du groupe concerné (performances intellectuelles pour les « noir∙e∙s », mathématiques pour les filles, sportives pour les « blanc∙he∙s »), alors que les résultats sont identiques à ceux de l’autre groupe quand l’épreuve ne met pas en jeu le stéréotype en question.

L’effet Pygmalion, également appelé « prophétie autoréalisatrice », est un autre mécanisme de ce type. Il a été démontré que les croyances des professeur∙e∙s concernant leurs élèves a un impact sur leur comportement vis-à-vis de ces élèves, et modifient de ce fait les résultats de ces élèves, dans un sens négatif comme dans un sens positif.

À long terme, un stéréotype positif entraîne une surestimation de ses capacités, et un stéréotype négatif une sous-estimation de ses capacités.

Pour mieux comprendre les notions de stéréotypes, préjugés et discrimination, voir le site Préjugés et stéréotypes, site créé par Jean-Baptiste Légal et Sylvain Delouvée de l’AFPS, Association francophone de psychologie sociale, en partenariat avec les universités de Clermont-Ferrand-II, Paris-Descartes, Paris-X-Nanterre, Reims-Champagne-Ardenne.